jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

En 2013, la Bibliothèque du Congrès des États-Unis a publié un rapport au titre éloquent, « Le Taux de survie des longs métrages muets américains : 1912-1929 », dont il ressort que nous avons perdu à jamais 75 % du patrimoine créatif de l'époque qui a éle

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En 2013, la Bibliothèque du Congrès des États-Unis a publié un rapport au titre éloquent, « Le Taux de survie des longs métrages muets américains : 1912-1929 », dont il ressort que nous avons perdu à jamais 75 % du patrimoine créatif de l'époque qui a éle

De 1912 à 1929, environ 11 000 longs métrages muets sont sortis aux États-Unis. Seule une infime partie nous est parvenue. La principale cause de ces pertes est la destruction délibérée. Avant l'apparition du cinéma à domicile et de la télévision, les films étaient jugés inutiles une fois leur exploitation en salle terminée. Le cinéma muet, lui, fut purement et simplement considéré comme un rebut dès l'avènement du parlant. Les studios gagnaient de l'argent en recyclant la pellicule pour en extraire l'argent.

À cela s'ajoutèrent les catastrophes : la pellicule au nitrate était hautement inflammable. L'incendie des entrepôts d'Universal en 1924, celui de Warner Bros. en 1933, celui de Fox en 1937, celui du dépôt de la MGM en 1965 : chaque fois, le feu détruisit des dizaines, voire des centaines de films.

Parmi ce qui a disparu, certaines pertes sont particulièrement cruelles. L'une d'elles est la première adaptation de « Gatsby le Magnifique ».

Au printemps 1926, le studio Famous Players-Lasky acquit les droits du roman de Fitzgerald. Le réalisateur choisi fut Herbert Brenon, metteur en scène du « Peter Pan » tout juste sorti et l'un des cinéastes les plus coûteux de l'époque. Warner Baxter tint le rôle principal, Lois Wilson celui de Daisy. Neil Hamilton incarna Nick Carraway, et le jeune William Powell joua le sombre garagiste George Wilson.

Fitzgerald et sa femme Zelda détestèrent cette adaptation et quittèrent la salle au début de 1927, sans voir le film jusqu'au bout. Les critiques furent réservés : le critique du New York Times reconnut que le film était un « divertissement honnête », mais reprocha au réalisateur son manque de finesse, tandis que Variety le qualifia de « cinéma solide pour le spectateur moyen ». En revanche, l'écrivain John O'Hara, ami de Fitzgerald, en fut enthousiaste et tenait la version muette pour la meilleure de toutes les adaptations ultérieures.

Le film durait 80 minutes. Il n'en reste aujourd'hui qu'une seule : la bande-annonce, conservée à la Bibliothèque du Congrès. En 2003, le professeur Wheeler Winston Dixon entreprit des recherches de grande envergure pour retrouver une copie survivante, sans résultat. Le bruit courut même qu'un exemplaire dormait dans quelque archive moscovite inconnue, mais ces rumeurs furent jugées sans fondement.

Martin Scorsese, défenseur de longue date de la préservation du patrimoine cinématographique, écrivait à propos du rapport de la Bibliothèque du Congrès : « Chaque fois qu'un film muet est miraculeusement retrouvé, cela nous rappelle les trésors que nous avons déjà perdus. Et cela nous donne l'espoir que d'autres seront encore découverts. » Oui, les archives continuent d'être passées au crible. Plusieurs dizaines de films « perdus » ont été retrouvés ces dernières années : en Australie, en Nouvelle-Zélande, en France, dans des greniers et des débarras.

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