Voir un tableau du Greco en chair et en os est une grande chance
Voir un tableau du Greco en chair et en os est une grande chance. Sur les quelque cent œuvres à peine qui nous sont parvenues dans le monde, la Russie n'en conserve, par exemple, que cinq, l'Italie onze, dont deux seulement à Rome, toutes deux au Palazzo Barberini. Il s'agit de « L'Adoration des bergers » et du « Baptême du Christ », esquisses d'un polyptyque de six ou sept tableaux, commandé en 1596 pour orner la chapelle du riche Colegio de la Encarnación de Madrid.
Comme les tableaux « russes » du Greco, ces esquisses sont très singulières. C'est en grande partie à leur échelle que le style mûr et chatoyant du Greco doit d'y produire une impression si particulière. Quelle merveille que l'étirement caractéristique des figures, surtout allié à la forme allongée, verticale, des toiles. On est frappé par l'aspect le plus complexe de son art, le travail de la lumière et de la couleur, qui renvoie au Titien et au Tintoret.
Pour l'ensemble du retable, le Greco reçut la somme énorme de 63 000 réaux. Mais, hélas, pendant les guerres napoléoniennes, le polyptyque fut démembré et ne s'est plus jamais retrouvé dans sa composition d'origine.
On pense que les tableaux correspondant aux esquisses exposées au Palazzo Barberini occupaient le registre inférieur du retable, avec l'Annonciation, tandis que la Résurrection, la Crucifixion et la Pentecôte se trouvaient dans le registre supérieur. Le Greco travailla plus de 4 ans à ce polyptyque. Comme à son habitude, concentré sur la vie du Christ, il composa lui-même le programme iconographique.
Les deux toiles de la collection Barberini furent acquises sur le marché des antiquités de Sicile en 1908. Les tableaux exécutés d'après ces esquisses se trouvent dans d'autres musées européens : l'Adoration au Musée national d'art de Roumanie, le Baptême au musée du Prado à Madrid.



