Sur une charte du roi de France Philippe Ier en faveur de l'abbaye Saint-Crépin de Soissons, datée de 1063, parmi les textes latins et les croix des seigneurs illettrés, deux mots en cyrillique : « АНА РЪИНА »
La reine Anne. C'est la seule signature authentique conservée d'Anne de Kiev (Anna Iaroslavna), fille de Iaroslav le Sage, devenue reine de France.
La charte est conservée dans les archives françaises et fut attribuée par les historiens au XIXe siècle, lorsque commença le travail systématique sur les documents royaux de la France médiévale. Par son âge, cette signature est comparable aux plus anciens monuments écrits russes : c'est à peu près à la même époque que fut réalisé l'Évangile d'Ostromir.
Un détail à garder en tête : sur le contrat de mariage de 1051, Anne signa de son nom complet, tandis que son époux, le roi Henri Ier, apposa une croix. La lecture et l'écriture ne figuraient pas au catalogue des vertus chevaleresques. Anne, elle, maîtrisait le grec, le latin, le français et le vieux slave, ce qui était rare même selon les normes de l'Europe lettrée de l'époque.
Dans les actes d'État, on peut lire les formules « avec le consentement de mon épouse Anne » et « en présence de la reine Anne » : elle fut de fait corégente, et après la mort de son mari elle gouverna le pays comme régente au nom de son fils Philippe, encore mineur.
Le chercheur russe Chichkine a dénombré 28 chartes auxquelles Anne a prêté la main d'une manière ou d'une autre, comme témoin, cosignataire ou simple personne présente. Six ou sept d'entre elles subsistent en original. Du vivant du roi Henri, on en compte trois ; les autres relèvent de la période de la régence auprès de son fils Philippe. La dernière date de 1075, et elle y est signée désormais simplement « mère du roi », sans titre royal