Le Royaume-Uni interdit l'exportation d'une nymphe en bronze d'Antico
Le gouvernement du Royaume-Uni a temporairement interdit la sortie du pays d'une statuette en bronze, « Nymphe assise », œuvre du sculpteur italien Pier Jacopo Alari Bonacolsi, que ses contemporains avaient surnommé Antico.
Les experts ont estimé la statuette à 4,6 millions de livres. L'interdiction temporaire laisse aux musées et aux galeries britanniques le temps de réunir des fonds pour acquérir la sculpture et la conserver dans le pays, à la vue du public.
Antico est né vers 1455 et mort en 1528. Il travailla à Mantoue, principalement pour Isabelle d'Este et pour plusieurs générations de la famille régnante des Gonzague. Le surnom d'Antico, c'est-à-dire « l'antique », lui fut donné pour son talent à imiter les œuvres de l'Antiquité. Les chercheurs estiment que la « Nymphe assise » fut commandée vers 1503 par Isabelle d'Este, marquise de Mantoue. La statuette ne mesure pas tout à fait 20 centimètres de haut. Le maître a recouvert les cheveux et les drapés de la figure d'une dorure au mercure, et incrusté les yeux d'argent. Dans la dorure au mercure, l'artisan appliquait sur le bronze un mélange d'or et de mercure, puis chauffait la pièce : le mercure s'évaporait, laissant en surface une fine couche d'or. Le diadème que porte la figure permet de supposer que le sculpteur a représenté une déesse, peut-être Vénus.
Le roi d'Angleterre Charles Ier reçut vraisemblablement la statuette vers 1628, avec les collections des Gonzague qu'il avait achetées aux ducs de Mantoue. Plus tard, la « Nymphe assise » entra dans la collection des ducs de Bedford, à Woburn Abbey. Le personnel du domaine la découvrit dans la poussière, près d'un office, dans l'aile privée de la demeure. En 2009, Sotheby's vendit la statuette aux enchères à Londres. Les œuvres d'Antico paraissent très rarement sur le marché, et aucune autre de ses pièces n'a jamais dépassé 250 000 dollars en vente publique. L'actuel propriétaire a acheté la « Nymphe assise » à la marchande d'art londonienne Patricia Wengraf en avril 2026.
Le gouvernement a pris sa décision sur recommandation du Comité d'examen de l'exportation des œuvres d'art et des objets d'intérêt culturel. Le comité a jugé que la statuette répondait aux deuxième et troisième critères Waverley. Ces critères, que les autorités britanniques ont instaurés en 1952 sur le rapport de la commission de lord Waverley afin de définir les trésors nationaux, se décomposent ainsi : un objet répond au premier critère s'il est étroitement lié à l'histoire et à la vie nationale de la Grande-Bretagne, au deuxième s'il possède une valeur esthétique exceptionnelle, et au troisième s'il revêt une importance exceptionnelle pour l'étude de l'art, de la science ou de l'histoire. Dans le cas de la « Nymphe assise », le comité a souligné son intérêt esthétique et son importance pour l'étude de l'histoire du collectionnisme de sculptures en Grande-Bretagne.
La première période d'interdiction expire le 17 décembre 2026. Le propriétaire disposera ensuite de 15 jours ouvrables pour examiner les offres d'achat au prix recommandé de 4,6 millions de livres, auxquelles s'ajoute une TVA de 166 666,67 livres. Si un acquéreur signe avec le propriétaire un contrat d'option, s'ouvrira alors un second délai de sursis, de cinq mois. La ministre des Arts et des Musées, Ruth Mackenzie, a exprimé l'espoir que l'interdiction permettra de garder la statuette dans le pays, où le public pourra l'admirer.