Le hiéromoine Sofontiï de la Kerjenets, père des vieux-croyants : sa tombe, sa communauté et son image chez Melnikov-Petcherski
Dans les forêts d'outre-Volga, sur la rivière Kerjenets, non loin de Semionov, dans la région de Nijni Novgorod, se dresse une croix au-dessus de la tombe du hiéromoine Sophonce, l'un des pères les plus vénérés du vieux-croyantisme.
La tradition fait de Sophonce l'un des sept moines de Solovki qui s'enfuirent du monastère après l'écrasement de la révolte de Solovki en 1676, c'est-à-dire après des années de résistance des moines à la réforme ecclésiastique du patriarche Nikon. Selon une version, il serait arrivé outre-Volga vers 1677 ; selon une autre, il se serait caché dans les forêts de Galitch jusqu'à ce que, vers 1690, les starets de la Kerjenets le fassent venir auprès d'eux. Près du hameau de Deïanov, Sophonce fonda un skite placé sous le vocable du Saint-Esprit et y célébra l'office dans sa cellule.
Sophonce avait reçu le baptême avant la réforme, mais l'ordination d'un nouvel archevêque, nikonien, de sorte que Melnikov-Petcherski l'appelait le premier prêtre « de la nouvelle ordination » dans ces forêts, celui dont est issue la prêtrise « fugitive ».
Sophonce prit la tête du plus important accord béglopopovtsy de la Kerjenets, de l'Oural et de la Sibérie, que l'on nomma d'après lui l'accord sophontien. Le recensement de 1719 et 1720 dénombra 1275 sophontiens outre-Volga.
Sophonce fut inhumé au cimetière de Deïanov, à l'emplacement de son skite. En 1995, les autorités de la région de Nijni Novgorod inscrivirent les tombes de Sophonce et d'autres ascètes de la Kerjenets sur la liste des monuments historiques, et aujourd'hui encore les pèlerins viennent s'y recueillir et y dressent des croix commémoratives.
L'image littéraire la plus célèbre de Sophonce est due à Melnikov-Petcherski, dans le roman « Dans les forêts ». Au milieu du XIXe siècle, Melnikov-Petcherski écrivait que les béglopopovtsy le tenaient pour leur saint principal, le priaient et allaient se prosterner devant ses reliques. L'igoumène Manéfa l'appelle le bienheureux de la Kerjenets, parle de reliques incorruptibles et de guérisons, et presse son hôte de prier sur sa tombe. Elle mentionne aussi la légende selon laquelle Sophonce brûlait des gens, c'est-à-dire qu'il aurait été mêlé à l'immolation par le feu du moine Varlaam et de ses frères, mais Manéfa tient cette accusation pour une calomnie, jamais prouvée.
