jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

Au stand « La Cabine d'essayage de Pygmalion », l'un des plus insolites de Cosmoscow, conçu pour Lamoda par Valeria Titova et Daria Tichkova, on se rappelle l'histoire racontée par Ovide du sculpteur chypriote qui tailla une figure dans l'ivoire et en tom

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Au stand « La Cabine d'essayage de Pygmalion », l'un des plus insolites de Cosmoscow, conçu pour Lamoda par Valeria Titova et Daria Tichkova, on se rappelle l'histoire racontée par Ovide du sculpteur chypriote qui tailla une figure dans l'ivoire et en tom

Au stand « La Cabine d'essayage de Pygmalion », l'un des plus insolites de Cosmoscow, conçu pour Lamoda par Valeria Titova et Daria Tichkova,  on se rappelle l'histoire racontée par Ovide du sculpteur chypriote qui tailla une figure dans l'ivoire et en tomba amoureux. D'ordinaire, on ne raconte pas ce sujet classique jusqu'au bout : Pygmalion apporte à sa bien-aimée des présents, de l'ambre, des coquillages, des galets polis, des lis, des balles peintes, des oiseaux, il lui passe des robes, des parures de perles. Et il attend qu'elle réponde par un élan vivant.

Le « Pygmalion » de Lamoda adopte un angle un peu différent. L'espace est entièrement fait de projections : vous vous trouvez dans une cabine d'essayage, mais il n'y a là ni cintres ni vêtements ; d'abord vous entrez, puis votre image passe dans les miroirs et vous revient. Le vêtement devient lumière, et les personnages composés avec l'aide de l'IA, faits de points, d'ornements floraux et de bribes de souvenirs, se déploient en une architecture dont vous devenez vous-même une partie. Les auteurs nous invitent à nous demander si le corps s'arrête là où commence l'image.

Le tout se déroule sur un accompagnement musical du duo léningradois des « Nouveaux Compositeurs », Valeri Alakhov et Igor Veritchev, dont le nom fut jadis trouvé par Timour Novikov. Des légendes, qui ont enregistré Insect Culture avec Kourekhine, reçu de Frank Zappa, en guise de cachet, un échantillonneur Prophet 2000 et invité Brian Eno à Saint-Pétersbourg.

Mais puisque nous nous trouvons, après tout, non dans l'atelier où se crée une créature humaine, mais dans une cabine d'essayage, je proposerais de se souvenir non de Rousseau, qui le premier baptisa Galatée, ni de Bernard Shaw, mais de Pouchkine et d'« Eugène Onéguine » :

Il passait trois heures au moins
Devant ses miroirs,
Et sortait de son cabinet de toilette
Pareil à Vénus l'étourdie,
Quand, revêtue d'habits d'homme,
La déesse se rend au bal masqué.

Traduction littérale

Onéguine était à la fois le sculpteur et sa création, et le cabinet de toilette devenait son laboratoire, d'où sortait une divinité sous un costume d'emprunt. Aujourd'hui, seul le nombre des miroirs aurait changé, ainsi que leur faculté de regarder en retour. Quant aux mots entendus dans l'installation, selon lesquels « dans la cabine d'essayage, il y a plusieurs versions de la personne : celle qui est entrée, celle qui se regarde dans le miroir et celle qui sortira », ils prennent vie bien au-delà du cadre d'une seule foire.

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