Il me faudra, semble-t-il, proposer pour la dixième fois en un mois de réécrire les manuels de préhistoire
Cette fois, à cause d'une étude retentissante d'une équipe internationale de chercheurs, qui repousse de plusieurs centaines de milliers d'années la chronologie de la maîtrise du feu !
Dans la célèbre grotte sud-africaine de Wonderwerk, où l'on avait déjà trouvé dans la couche supérieure des traces de foyers datant d'environ 1 million d'années, les archéologues sont descendus plus bas et ont découvert des os carbonisés de petits mammifères. Pour confirmer à 100 % qu'il s'agissait bien d'une action thermique, ils ont recouru à la luminescence osseuse. Sous un filtre spécial, exposés à la lumière ultraviolette, les os brûlés se sont mis à briller d'un rouge vif et saturé, tandis que les os non brûlés sont restés d'un pourpre sombre.
L'hypothèse d'un incendie naturel tombe, puisque les os ont été exhumés à 30 mètres à l'intérieur de la grotte, loin de son entrée. Aucun incendie de forêt ou de steppe n'aurait physiquement pu projeter si loin des flammes ou des braises ardentes. Le feu y a été apporté délibérément.
Deux méthodes de datation indépendantes appliquées au sédiment de la grotte ont donné un âge compris entre 1,07 et 1,79 million d'années. Si la borne supérieure se confirme, il s'agira officiellement du plus ancien témoignage de l'usage du feu dans l'histoire.
Les archéologues appellent à ne pas tirer de conclusions hâtives. La découverte ne prouve pas que les Homo erectus savaient déjà produire le feu par eux-mêmes ni qu'ils faisaient régulièrement griller un steak de mammouth. Selon toute vraisemblance, ils « capturaient » les incendies naturels, emportaient des braises encore rougeoyantes, les apportaient au fond de la grotte et entretenaient un foyer de façon cyclique, pour se réchauffer et se défendre contre les prédateurs. Mais le simple fait que cette pratique ait pu se répéter de manière systématique il y a près de 1,8 million d'années change radicalement notre représentation de l'intelligence et du comportement social des premiers hominidés