Les héritiers du marchand d'art juif Oskar Stettiner continuent de plaider pour le tableau de Modigliani « Homme assis à la canne » de 1918, qu'ils tiennent pour leur propriété légitime, estimant qu'il a été confisqué sur les biens de leur aïeul pendant…
Il y a quelques semaines, un tribunal a enjoint au propriétaire actuel du tableau litigieux, le marchand d'art David Nahmad, de le restituer aux héritiers de Stettinner. Et voilà qu'il décide en outre que ces derniers ont droit aux intérêts pour la période antérieure au jugement dans l'affaire du Modigliani pillé par les nazis. Il pourrait s'agir de plusieurs millions de dollars.
Savez-vous où le bât blesse ? D'abord, en ce qu'un grand nombre de décisions de justice pourraient être réexaminées à la lumière de cette ordonnance : d'anciens détenteurs de bonne foi d'œuvres d'art jadis saisies par les nazis pourraient se voir contraints de verser des indemnités de plusieurs millions pour le simple fait d'avoir possédé ces biens, et cela d'autant plus que la possession aura été longue, les sommes croissant avec les années.
Ensuite, ce que la presse passe d'ordinaire sous silence : dans le cas d'espèce, le tribunal a fait fi des preuves établissant que ce tableau précis, « Homme assis à la canne », n'est tout simplement pas celui qui appartenait à Stettiner.
Le montant de l'indemnisation n'est pas encore arrêté. Les héritiers estiment le tableau à quelque 20 millions de dollars à la date du dépôt de la plainte en 2014, tandis que la partie Nahmad avance 6,5 millions. Une audience destinée à fixer cette valeur, dont dépendra la somme finale des intérêts, est prévue en septembre.
Le juge a fait observer qu'il ne juge pas l'issue équitable, puisqu'il n'existe aucune preuve que Nahmad ait été informé de la provenance du tableau lorsqu'il l'a acquis en vente aux enchères en 1996. Selon lui, s'il en avait la latitude légale, il réduirait les intérêts, voire les supprimerait tout à fait, mais la loi de l'État de New York et un précédent contraignant ne le permettent pas. L'avocat de Nahmad, Luke Nikas, a déclaré que la décision fournissait de sérieux motifs d'appel, le tribunal ayant reconnu la responsabilité sans examen au fond, malgré des documents et des témoignages qui, de l'avis de la défense, prouvent que cet « Homme assis à la canne »-là n'a jamais appartenu à Stettiner.