La méthode de la NASA pour le traitement des images satellitaires sert désormais à lire des peintures rupestres effacées
La méthode s'appelle decorrelation stretch, c'est-à-dire étirement par décorrélation. L'algorithme a été mis au point au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, dans le sud de la Californie, et sa description a été publiée en 1996 par Ronald Alley, collaborateur du laboratoire, à propos d'un instrument qui devait ensuite voler à bord du satellite Terra.
Le principe est le suivant. L'imagerie multispectrale enregistre la lumière réfléchie simultanément dans plusieurs bandes, et dans les canaux voisins les valeurs de luminosité sont en général fortement liées entre elles, autrement dit corrélées. L'étirement par décorrélation rompt ce lien et redistribue les différences de couleur sur toute la plage disponible, de sorte que des nuances à peine perceptibles deviennent des contrastes marqués. Les géologues obtiennent ainsi des cartes de la composition minérale de la surface, où apparaissent des roches que l'œil ne distingue pas.
C'est par l'entremise d'un particulier que la méthode est entrée en archéologie. Vers 2005, John Harman, passionné d'art rupestre établi à Pacifica, en Californie, vit des images de Mars traitées de cette manière et supposa que le même procédé ferait ressortir une peinture ancienne effacée. Harman avait l'expérience des images médicales et écrivit un module complémentaire pour le logiciel scientifique gratuit de traitement d'images ImageJ. Le programme reçut le nom de DStretch.
La méthode fut appliquée à Angkor Vat, au Cambodge, entre 2010 et 2012, et permit de découvrir environ deux cents images, parmi lesquelles des cavaliers et des ensembles de musiciens. Suivirent la grotte de San Borjitas en Basse-Californie, au Mexique, des peintures rupestres en Norvège, un tombeau égyptien, un parc au Canada, des édifices de la Grèce antique et des tatouages sur des corps momifiés.
L'auteur du programme dit traiter environ deux cents demandes par an, et les applications mobiles qu'il a publiées ont été téléchargées des milliers de fois. L'efficacité de la méthode est confirmée par plusieurs publications scientifiques.

