Le directeur de l'Institut de parasitologie Alexandre Loukachev, dans un long entretien accordé au « Kommersant », a parlé des différences entre la Russie et les pays européens dans les pratiques de laboratoire impliquant des animaux, de ce que vaut la vi
Le directeur de l'Institut de parasitologie Alexandre Loukachev, dans un long entretien accordé au « Kommersant », a parlé des différences entre la Russie et les pays européens dans les pratiques de laboratoire impliquant des animaux, de ce que vaut la vie d'une souris aux yeux d'un scientifique et de l'éthique de la recherche sur l'animal en général. Le résultat est assez curieux et, par endroits, inattendu :
Chez nous, bien sûr, on prend beaucoup plus à la légère la vie humaine, et à plus forte raison celle d'une souris. Et c'est très bien ainsi. En Suisse, par exemple, l'attitude envers les animaux n'a rien à voir avec celle qui prévaut en Grande-Bretagne. Elle y est rationnelle : si cela est avantageux, si cela peut apporter un bénéfice, théorique aux hommes ou bien financier aux firmes pharmaceutiques, alors c'est éthique. En Angleterre, en revanche, la valeur de la vie d'une souris pour la société est tout à fait démesurée ; il est très difficile d'obtenir l'autorisation de travailler avec des animaux, de mener quelque expérience que ce soit. Et tu ne peux pas décider toi-même qu'il faut faire cette expérience. Le comité d'éthique l'autorise ou l'interdit, c'est-à-dire qu'il n'évalue pas seulement la qualité du travail avec les animaux, ni seulement le respect des principes des 3R. Il rend un jugement sur la nécessité même de faire l'expérience.
En Grande-Bretagne, les lois sur le travail avec les animaux sont absolument folles. En fait, il est impossible d'y travailler. Cette réglementation est appliquée par des bureaucrates qui, dans leur masse, n'ont ni le niveau d'instruction ni l'intelligence de ceux qu'ils réglementent. D'abord, le travail avec les animaux y relève du ministère de l'Intérieur. Ensuite, la réglementation rigoureuse est souvent exercée par des gens qui n'ont pas réussi à s'accomplir dans la science. Et voilà qu'on leur donne soudain du pouvoir sur ceux qui, dans leur métier, se sont révélés meilleurs qu'eux. Le spectacle est assez déplaisant.
La Grande-Bretagne est un cas unique. Là-bas, c'est un délit si un scientifique contourne de quelque manière cette législation. C'est-à-dire que, s'il se rend, disons, en France pour y mener une expérience, cela est considéré comme une infraction au regard du droit anglais. Je ne me souviens pas des sanctions précises prévues pour un tel péché, mais cela ne se fait pas. Les scientifiques ont bien sûr essayé d'influer sur la situation, mais ils ont perdu.
…Une chose est la qualité des résultats, les BPL (bonnes pratiques de laboratoire, GLP : Good Laboratory Practice). C'est excellent. C'est réellement nécessaire. D'un autre côté, il ne faut pas tomber dans les extrêmes. Par exemple, si je peux prendre 20 % d'animaux en plus pour l'expérience et avoir ainsi plus de chances d'obtenir un résultat fiable, je le ferai, en Russie, évidemment, alors que dans les autres pays il faudra le justifier d'une manière ou d'une autre. Et là, on peut se tromper. Si l'expérience doit être refaite, c'est la moitié du problème. Le risque de laisser échapper une découverte en est l'autre moitié.