Le journaliste d'Asia Times Gabriel Honrada écrit que les informations sur le ravitaillement en orbite d'un satellite chinois ont aiguisé la rivalité spatiale entre les États-Unis et la Chine
Le journaliste d'Asia Times Gabriel Honrada écrit que les informations sur le ravitaillement en orbite d'un satellite chinois ont aiguisé la rivalité spatiale entre les États-Unis et la Chine. En septembre, le quotidien hongkongais South China Morning Post rapportait que des chercheurs chinois revendiquaient le premier ravitaillement d'un satellite de navigation en orbite haute. Or les données de suivi orbital mettent en doute la réalité même de l'opération.
Selon les travaux du Laboratoire de recherche sur l'espace lointain et de l'Académie chinoise des sciences, en février 2025, l'engin de service « Shijian-25 » a transféré 142 kilogrammes de carburant au satellite « Beidou-2 G7 » et prolongé sa durée de vie de huit ans. « Beidou » est le nom du système chinois de navigation par satellite, qui remplit les mêmes fonctions que le GPS américain. Cependant, les données recueillies par la Force spatiale des États-Unis contredisent l'amarrage annoncé. L'astrophysicien indépendant Jonathan McDowell a relevé qu'au début de 2025, les deux engins se trouvaient en orbite géostationnaire, à une dizaine de degrés de longitude l'un de l'autre. McDowell en a conclu qu'avec une telle dérive, un amarrage passé inaperçu est physiquement peu probable, à moins que les réseaux de suivi n'aient confondu les objets.
Les experts expliquent pourquoi le ravitaillement importe aux militaires. Paul Szymanski et Calogero Bonasia écrivent dans la revue Proceedings qu'un satellite conçu pour quinze ans de service n'emporte de carburant que pour tenir son orbite et être évacué en fin de vie. Les manœuvres d'évitement brusques épuisent vite cette réserve. L'adversaire peut donc se contenter de simuler une interception pour contraindre un satellite étranger à gaspiller son carburant et à raccourcir sa durée de service. Le ravitaillement lève cette contrainte. La société d'analyse Novaspace estime que les engins militaires ravitaillables pourront changer d'orbite souvent et de façon imprévisible, échapper au suivi et procéder à des inspections rapprochées de satellites étrangers.
La Chine met déjà à l'épreuve des engins de la série « Shijian », ce qui signifie « pratique ». L'analyste de la Jamestown Foundation Aran Hope rappelle que le satellite « Shijian-21 » a saisi un satellite « Beidou » hors d'usage et l'a remorqué sur 3 000 kilomètres vers une orbite de rebut. Le « Shijian-25 », plus récent, est doté d'un bras robotisé intégrant des éléments d'intelligence artificielle. L'analyste militaire Alan Dugger qualifie l'espace de « zone grise », c'est-à-dire d'un espace d'affrontement où les États agissent sous le seuil de la guerre ouverte et où il est difficile d'établir les intentions et les responsabilités des parties.
Les États-Unis se préparent eux aussi à l'affrontement orbital. Les militaires américains déploient des moyens terrestres de brouillage radioélectronique et mettent au point des avions spatiaux sans pilote. En septembre 2025, des engins des États-Unis et du Royaume-Uni ont manœuvré conjointement en orbite à proximité du satellite chinois « Shiyan-12-01 ». L'auteur de l'article estime que l'État qui maîtrisera le premier la manœuvre prolongée avec ravitaillement fixera les règles de l'affrontement en orbite avant même le début des combats sur Terre.