Vassili Belokourov, l'un des lauréats du prix Kavli d'astrophysique 2026, est un archéologue galactique
Vassili Belokourov, l'un des lauréats du prix Kavli d'astrophysique 2026, est un archéologue galactique. J'ai lu son article sur les intrus et appris que la permanence du ciel étoilé, pour laquelle les hommes prient depuis le paléolithique jusqu'à nos jours, est une illusion d'optique longue comme la vie de l'observateur. Il s'avère que la plupart des étoiles tournent docilement autour du centre de la galaxie en un flux unique, mais que quelques-unes enfreignent cet ordre en diagonale, plongent vers le centre, puis regagnent la périphérie, et ainsi de suite en un cycle sans fin. Or le regard de l'archéologie galactique sur la chimie de ces réprouvées y découvre la signature d'une galaxie naine. Les éléments lourds y sont rares, signe d'une évolution lente, typique d'une galaxie naine où la formation d'étoiles s'est faite mollement et où les étoiles n'ont tout simplement pas eu le temps de s'enrichir en métaux. Ces étoiles venues d'ailleurs pourraient être les restes de Gaia-Sausage-Enceladus, que la Voie lactée a absorbée il y a environ 11 milliards d'années. La collision a remodelé le disque, projeté les vieilles étoiles dans le halo, aux confins de la galaxie, et déclenché un sursaut de formation d'étoiles. Il est piquant de constater que le calme n'était que provisoire. Le Grand Nuage de Magellan, notre satellite le plus massif, tire déjà vers lui le halo de matière noire de la Voie lactée : la galaxie gîte de nouveau, comme un navire. Une seule consolation : tout cela s'étire sur des milliards d'années, si bien que l'on peut sans crainte maintenir ses projets pour le week-end.