Dans un article établissant que les habitants du sud de la Norvège savaient fabriquer des pièges à poissons en bois il y a au moins sept mille ans, je suis tombé sur une hypothèse : à la même époque, des hommes auraient introduit dans les lacs de montagne
Dans un article établissant que les habitants du sud de la Norvège savaient fabriquer des pièges à poissons en bois il y a au moins sept mille ans, je suis tombé sur une hypothèse : à la même époque, des hommes auraient introduit dans les lacs de montagne des salmonidés de pêche, à savoir la truite de mer (kumja). Selon cette hypothèse, les chasseurs-pêcheurs-cueilleurs auraient choisi la truite parce qu'elle devient grosse, se prend facilement et est très calorique ; ils en auraient prélevé le nombre voulu et l'auraient transportée dans des lacs proches de leurs nouveaux lieux d'établissement. Ces lacs sont isolés par des chutes et des rapides, si bien que l'on juge impossible que le poisson s'y soit rendu de lui-même. Le lac Tesse, situé à 854 mètres d'altitude, est resté jusqu'en 8400 av. J.-C. sous la calotte glaciaire fennoscandienne, et la survie d'un poisson d'eau douce d'avant la glaciation dans de telles conditions est exclue. Autrement dit, le recul des glaces équivaut au point zéro de la faune lacustre. La forte déclivité du lit de la rivière qui s'écoule du lac et ses cascades n'auraient pas permis au poisson de remonter depuis les plans d'eau inférieurs, où vivaient pourtant, à la même époque, environ 25 espèces de poissons. Dans le lac, il n'est apparu que de la truite. Les documentaires animaliers nous ont appris que les poissons peuvent se propager par des œufs restés collés au plumage d'oiseaux aquatiques ; ici, les auteurs écartent cette éventualité, car dans ce scénario, estiment-ils, le lac aurait été peuplé d'un mélange d'espèces et non uniformément de truites.
Quant aux pièges, dès 2022, on avait découvert des vestiges archéologiques de telles constructions sur le fond asséché d'un des lacs de montagne norvégiens. Dans le mieux conservé, on a dénombré 46 pieux de bois disposés en forme de chambre et de couloir y menant.
Près d'autres lacs, sur des sites voisins, on a trouvé des os brûlés de truite datés du Ve millénaire av. J.-C. En revanche, les complexes archéologiques de pêche des basses terres sont beaucoup plus variés dans leur composition.
L'hypothèse est assez ancienne : il y a un siècle, l'ichtyologue norvégien au nom pittoresque de Huitfeldt-Kaas faisait remonter à des temps très reculés la dispersion des poissons d'eau douce en Norvège. À présent, à mesure que des confirmations éparses s'accumulent, elle pourrait bien montrer que les hommes avaient commencé à gouverner les écosystèmes, par endroits, avant de s'adonner à l'agriculture.
On peut bien sûr critiquer cette trouvaille, surtout sur les modes de peuplement naturel, et peut-être finira-t-on par découvrir d'autres voies par lesquelles les poissons ont gagné les plans d'eau de haute montagne, mais c'est intéressant, du moins pour ma piste nordique.
