jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

​​En 1613, on découvrit dans le Dauphiné, en France, le squelette d'un géant

Partager

​​En 1613, on découvrit dans le Dauphiné, en France, le squelette d'un géant. Les monnaies trouvées dans la sépulture et l'inscription Teutobochus Rex indiquaient qu'il s'agissait de la tombe du chef teuton Teutobod, célèbre pour sa taille colossale. À vrai dire, lorsque le théologien chrétien du Ve siècle Paul Orose écrivait la capture du chef des Teutons, en mentionnant combien les Romains avaient été frappés par la stature de leur prisonnier, nul n'aurait pu imaginer que Teutobod fût si démesuré : près de 8 mètres de haut et 3 mètres d'épaules !

La nouvelle de la trouvaille fit rapidement le tour du pays, et la curiosité fut même acheminée à la cour de Louis XIII. Plusieurs ouvrages savants furent consacrés au géant ; ils racontaient, par exemple, qu'il dévorait un jeune taureau et se déplaçait sur un char attelé de six chevaux. Somme toute, que de tels géants eussent jadis vécu en France n'étonna guère : on se souvint des colosses bibliques comme des légendes sur les autres ogres d'Europe. Le squelette se mit à voyager à travers le pays, il fut exhibé en Flandre et en Allemagne, rapportant des sommes considérables.

Seuls deux sceptiques ne partageaient pas l'enthousiasme général devant ce géant semi-légendaire enfin retrouvé. L'anatomiste Jean Riolan et l'antiquaire Fabri de Peiresc se méfièrent. Le premier affirmait qu'un homme ne pouvait être aussi grand, et que le squelette ressemblait plutôt à celui d'un éléphant, qui, en certaines circonstances, rappelle le squelette humain. Le second découvrit, qui plus est, que les monnaies exhumées ne correspondaient pas à l'époque où vécut Teutobod, et qu'une inscription en latin n'était pas du tout caractéristique des sépultures germaniques. Blessée par cette défiance, la communauté savante s'abattit en pamphlets courroucés sur les censeurs ; la polémique alla jusqu'aux insultes directes et se prolongea pendant des décennies.

Il fallut attendre près de deux siècles pour que le naturaliste français Georges Cuvier déclare ce géant squelette de l'éléphant d'Hannibal, tandis que le zoologiste Ducrotay de Blainville établit avec certitude, en 1834, que ces ossements n'étaient autres que ceux d'un dinothérium, l'énorme proboscidien Deinotherium giganteum, éteint il y a environ 2 millions d'années. Dommage, la mystification était charmante.

Signaler une erreur de traduction