Ce qui s'est passé aujourd'hui dans la basilique Saint-Pierre de Rome, je crois que tout le monde en a entendu parler : la profanation de l'autel, je ne répéterai même pas de quelle bassesse elle fut accompagnée. Un abcès affreux, symptôme d'un mal néglig
Si l'on essaie de ne pas discuter les actes de cet homme, manifestement très malade, une autre chose demeure troublante : les gens se sont contentés de regarder et d'attendre l'arrivée du service de sécurité. Aucun des fidèles n'a tenté de l'arrêter, d'exercer la moindre représaille, de le jeter à terre, de le traîner hors du temple, de lui remettre les idées en place. Croyez-vous qu'il y a vingt, cinquante ans ou davantage, on aurait contemplé avec la même placidité la profanation de l'un des principaux autels de la chrétienté ? Ne se serait-il vraiment trouvé aucun homme de cœur, ou simplement aucun témoin incapable de contenir sa colère, pour administrer une bonne correction à ce goujat ?
On pourrait disserter sur les traumatismes de la perte du sacré, sur la modernisation néolibérale qui anéantit le sentiment religieux, sur la rupture de la société avec la tradition, sur la crise idéologique toujours plus aiguë du monde occidental, sur la ruine des fondements de la vie spirituelle, sur la profanation des églises comme acte moral honteux, sur le défi culturel lancé à Dieu lui-même, enfin. Oui, tout cela est un sujet vaste et très lourd.
Mais les gens, que sont devenus les gens ? Où sont passées nos émotions ? Se sont-elles définitivement changées en sourires muets d'émojis et cristallisées en « j'aime » sur les réseaux sociaux ? Pourquoi les manifestations ordinaires de la sensibilité humaine, de l'impressionnabilité et, puisque l'occasion s'y prête, de la colère, disparaissent-elles quelque part de la vie réelle ? Et que sera-ce ensuite ?