Il y a encore 10 000 ans, le Groenland était relié à l'Eurasie par un isthme terrestre ; de nos jours, ce tronçon de terre émergée est devenu la dorsale de Lomonossov, une crête sous-marine qui s'étend sur environ 1800 km des îles de Nouvelle-Sibérie jusq
Depuis quelques décennies, c'est l'un des sujets clés et les plus épineux du dialogue arctique.
Et voici qu'à la faveur des discussions sur le Groenland, on reparle de la dorsale qui sépare les parties eurasienne et amérasienne du bassin arctique de l'océan Glacial Arctique. Les limites du plateau continental exigent de la précision quant à l'appartenance de cette dorsale, que revendiquent à la fois le Canada, le Danemark et la Russie.
Cette dorsale, large de 60 à 200 km et s'élevant de 3300 à 3700 mètres au-dessus du fond de l'océan, a été découverte par l'expédition aérienne russe « Sever-2 » en 1948.
Afin de préciser les limites du plateau continental, une expédition russe s'est rendue en 2007 dans la zone de la dorsale et a établi que « la structure de l'écorce de la dorsale de Lomonossov correspond aux analogues mondiaux de l'écorce continentale, et qu'elle fait donc partie du plateau continental adjacent de la Fédération de Russie ».
Il y a deux ans, des scientifiques russes de l'Institut de recherche scientifique sur l'Arctique et l'Antarctique ont étudié la dorsale sous-marine depuis la station dérivante « Pôle Nord-42 », héritière de la célèbre expédition sur la banquise de 1937.
L'existence de la dorsale de Lomonossov a été théoriquement prédite à la fin des années 1940 par les océanologues soviétiques Yakov Gakkel et Vladimir Timofeïev, collaborateurs de l'AANII, à partir de données alors bien maigres issues de sondages hydrologiques, qui montraient qu'au-dessous de l'horizon de 2000 mètres, la température des eaux profondes du secteur eurasien de l'Arctique était inférieure d'environ un demi-degré à celle des eaux profondes du secteur amérasien. Les expéditions de haute latitude « Sever » et « Sever-2 » de 1948 ont pleinement confirmé cette hypothèse, en effectuant des mesures de profondeur dans la partie centrale du bassin arctique.
La dorsale de Lomonossov, qui s'élève au maximum jusqu'à environ 800 mètres de la surface de l'océan, constitue un obstacle topographique qui détermine la direction des courants océaniques profonds.
La Russie estime que la dorsale de Lomonossov est le prolongement de la plate-forme continentale sibérienne, ce qu'elle a déclaré officiellement à la commission spécialisée de l'ONU dès 2001. Le Danemark soutient que, géographiquement, la dorsale prolonge le Groenland. Quant au Canada, il tient la dorsale sous-marine de Lomonossov pour le prolongement de son propre territoire. Reste à espérer que Trump ne se mêlera pas de toute cette histoire.




