Sergueï Kazakov, directeur du Fonds de développement industriel de la région de Tcheliabinsk, déclare que la robotisation de l'industrie est freinée par les entreprises elles-mêmes :
« Nous avons eu un cas où une entreprise avait installé un robot-chargeur. Le deuxième jour, il est tombé en panne. On a cherché à comprendre. Il s'est avéré que les ouvriers l'avaient eux-mêmes éteint, de peur d'être remplacés par des robots. »
Cela m'a rappelé l'histoire de mon cher Constantin Lévine, qui, de tout son cœur, voulait améliorer le sort des paysans et perfectionner la vie à la campagne, et qui découvrit un jour que les râteliers à fourrage étaient brisés et n'avaient pas été réparés depuis l'hiver. La batteuse, elle aussi, était cassée : les moujiks ne pouvaient tout simplement pas souffrir cette machine. Quant au charpentier chargé de réparer la batteuse, il raccommodait des herses cassées depuis le Mardi gras. Puis l'intendant vint rapporter qu'on n'avait pas ensemencé en trèfle vingt déciatines, comme Lévine l'avait voulu, mais six seulement. L'avoine, qu'on n'avait pas retournée à temps, avait germé avant l'heure. Quand on sème le trèfle, on n'écrase pas les graines, et elles ne lèveront pas comme il faut. Et tous les autres projets et calculs du maître pour l'avenir ne se réalisaient pas, ne tenaient pas.
« … se répétait cette éternelle négligence de l'exploitation, contre laquelle il luttait depuis tant d'années de toutes ses forces. » Et chaque nouvel intendant, et chaque moujik, répétait la même chose : quoi que tu fasses, quelque peine que tu te donnes, le résultat sera, au bout du compte, « ce que Dieu voudra ». Tout cela contrariait Lévine, et il comprenait que les moujiks n'étaient pas encore mûrs pour la liberté, et qu'ils gâtaient sans cesse l'ouvrage, non par méchanceté, mais tout de même à dessein, bien qu'ils promissent de s'y employer « comme pour leur propre père ».
Rien ne change en Russie depuis Léon Tolstoï, rien.