jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

Au Palais de Marbre, on est à l'étroit

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Au Palais de Marbre, on est à l'étroit

Au Palais de Marbre, on est à l'étroit. On le comprend en retrouvant, dans les salles du musée Zilart, une collection que l'on connaissait pour l'avoir vue entre ses murs. En pénétrant dans l'espace de la nouvelle exposition consacrée au don de Peter et Irene Ludwig, montré ici pour la première fois dans son intégralité, je prends conscience que c'est sans doute là le principal événement muséal de l'année à Moscou.

Depuis 1995, la collection Ludwig avait pour résidence permanente Saint-Pétersbourg, mais on la présentait par fragments, dans des accrochages de composition variable, certaines pièces dormant par ailleurs des années dans les réserves. Et voici que nous pouvons voir d'un seul coup plus de cent œuvres de l'une des collections majeures de l'art du XXe siècle.

Si l'on considère la logique des Ludwig à la lumière des réalités de notre temps, elle paraît singulièrement audacieuse. Pendant un demi-siècle, un industriel enrichi dans le chocolat et son épouse, historienne de l'art, n'achètent pas les pièces les mieux cotées, mais des œuvres qui s'ordonnent en un seul récit. Aux côtés de Warhol se trouvent ainsi non seulement Lichtenstein, mais aussi des artistes cubains, mexicains, est-européens et russes, c'est-à-dire, au fond, des représentants de la périphérie du monde de l'art des années 1970-1980. Et en 1994, cet ensemble s'installe au Musée russe, comblant de fait dans le pays la lacune de l'art occidental de la seconde moitié du XXe siècle, du pop art au conceptualisme.

L'exposition comprend huit sections : pop art, hyperréalisme, néo-expressionnisme, abstraction, réalismes du XXe siècle, mythes et signes, art sur l'art et conceptualisme. Il suffit de citer quelques noms pour mesurer l'importance de cette exposition : Ralph Goings et son « Unadilla Diner », Robert Bechtle et ses « Date Palms », Lowell Nesbitt, Klaus Schmetz et les maîtres allemands Kiefer, Baselitz, Immendorff, Lüpertz ; le portrait de Peter Ludwig lui-même par Warhol, les « Grandes Têtes » de Picasso, « Le Jardin » de Kabakov, les « Nuages fondants » de Boulatov, l'autoportrait de Yankilevski, le triptyque de Makarevitch avec Tchouïkov, Kabakov et Boulatov ; l'immense « Illusion et Choc » de Hubertus Giebe, à la mémoire de Walter Benjamin ; Gerhard Richter, Basquiat, Arno Rink, Berning, Nesterova, Dmitri et Nina Jilinski...

Il est triste de mesurer l'ampleur de la perte : cette collection aurait pu avoir domicile fixe à Moscou, au musée Pouchkine, si Irina Antonova avait accepté la condition essentielle, à savoir créer une annexe portant le nom de « Musée Ludwig ». Il est vrai que l'Ermitage avait alors, lui aussi, décliné la proposition. On ne peut que conjecturer les raisons d'un tel rejet : simple refus de voir dans son musée un autre musée, avec une entrée distincte et un autre nom sur la façade, ou bien la hiérarchie muséale de la fin de l'époque soviétique ne tenait-elle pas l'art postérieur à Picasso pour tout à fait de l'art ? Quoi qu'il en soit, Moscou a bel et bien laissé échapper une chance magnifique : celle de recevoir clés en main un véritable musée de l'art occidental de la seconde moitié du XXe siècle. Aussi, tant que la possibilité nous en est offerte, jusqu'au 7 février 2027, allons voir cette grandiose collection dans le nouveau musée installé sur le site de l'ancienne usine automobile.

Commissaires : Alexandre Borovski, Maria Saltanova et Margarita Kostrits. Architecte de la scénographie : Erik Belooussov.

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