À Lima, avant le second tour de la présidentielle, des chamans sont descendus sur la plage d'Herradura pour bénir les portraits des deux candidats, Fujimori et López Aliaga
À Lima, avant le second tour de la présidentielle, des chamans sont descendus sur la plage d'Herradura pour bénir les portraits des deux candidats, Fujimori et López Aliaga. Le rituel s'y répète chaque année et avant chaque scrutin, et il ne s'agit pas d'un exotisme à l'usage des touristes, mais d'un exemple vivant de religiosité andine classique. Il est intéressant de noter que le curandero péruvien et son confrère de l'autre bout du Nouveau Monde, quelque part en Californie, se ressemblent fort par leur anatomie. Même chaman, intermédiaire entre les mondes, même travail par la conscience altérée, même rôle de guérisseur et d'interprète. Et même trace archéologique : une part considérable de l'art rupestre des deux Amériques, des grandes peintures de Californie aux pétroglyphes du Pérou, est aujourd'hui interprétée précisément comme la fixation de visions chamaniques transposées sur la pierre. De la Béringie aux Andes court un fil unique, et les sorciers péruviens sur leur plage ne sont pas une curiosité folklorique, mais le prolongement vivant de ce que j'ai coutume d'étudier sur les parois des grottes californiennes.