Le British Museum ouvre une exposition fort intéressante sur les États-Unis
Le British Museum vient d'ouvrir une exposition fort intéressante sur les États-Unis. Non pas dans l'esprit des dithyrambes d'apparat qui accompagnent le 250e anniversaire des États-Unis d'Amérique, mais pour rappeler que, à bien y regarder, bon nombre de peuples autochtones n'avaient nullement de quoi se réjouir de l'indépendance américaine.
Et quoique l'exposition Declaring Independence: USA 250 soit assez modeste, sa thèse est des plus curieuses. Il ne s'agit pas tant de donner la parole aux peuples autochtones, d'ordinaire rayés de l'histoire de l'indépendance, ou plus exactement de leur accorder une place dans les vitrines du musée. Il s'agit surtout de ce que les commissaires attirent l'attention, par exemple, sur la guerre qui se déroulait sur la terre indienne.
De fait, pour les peuples autochtones, la signature de la Déclaration, le 2 août 1776, n'a nullement été une libération. Certes, une partie des habitants aborigènes de l'Amérique se rangea alors du côté des révolutionnaires, mais la majorité prit tout de même le parti de la Grande-Bretagne. La principale raison en était les litiges autour de la terre indienne. En 1763, la Couronne, endettée au sortir de la guerre de Sept Ans, avait interdit aux colons de s'installer à l'ouest des Appalaches, et c'est précisément contre cette interdiction que s'élevaient vivement les colons, George Washington et Benjamin Franklin compris. Autrement dit, l'un des moteurs de la révolution fut le désir de s'emparer des terres indiennes.
Parmi les pièces exposées figurent trois dons diplomatiques. Le premier est la « médaille de paix de Washington » en argent, gravée en 1777 par Paul Revere et offerte à la Confédération wabanaki en gage d'alliance contre les Britanniques. Sur l'une des faces, le jeune Washington, alors commandant de l'armée continentale ; sur l'autre, une colonne, treize mains pour les treize colonies et, à sa base, la silhouette d'un Indien. La médaille fut plus tard confisquée par les troupes britanniques et remise à George III. Voilà donc un objet passé entre les mains des trois parties au conflit.
La deuxième pièce est une pipe-tomahawk offerte au chef mohawk Joseph Brant par le duc de Northumberland. Les Mohawks, sous la conduite de Joseph Brant, avaient combattu pour la Grande-Bretagne. Par le traité de Paris de 1783, la Grande-Bretagne céda aux États-Unis toutes les terres situées au sud des Grands Lacs, et la patrie des Mohawks, dans la vallée de la rivière Mohawk, dans l'actuel État de New York, se retrouva à l'intérieur des nouvelles frontières américaines. Or les Mohawks n'avaient été ni vaincus ni partie au traité. En échange de la patrie perdue, la Couronne leur attribua des terres au Canada, le long de la rivière Grand, en Ontario, où subsiste à ce jour la plus vaste réserve iroquoise, Six Nations of the Grand River.
La troisième pièce est une ceinture de wampum des Lenapes, du type de celles qui servaient à consigner les traités. Cette ceinture marque l'accord de paix conclu en 1712 entre les Lenapes et la Confédération haudenosaunee. En 1778, les Lenapes furent les premiers des nations autochtones à conclure un traité en bonne et due forme avec les révolutionnaires.
Pendant la durée de l'exposition, une quatrième pièce viendra s'ajouter à ces trois objets : la Déclaration du Sussex, seule copie manuscrite de la Déclaration d'indépendance, outre l'original, découverte il y a dix ans dans les archives du Sussex occidental.


