lundi, 5 octobre 2026

Les prototypes du fol en Christ Nikolka Bonnet-de-Fer dans la tragédie de Pouchkine

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Dans le «Boris Godounov» de Pouchkine, il y a une toute petite scène avec un innocent de Dieu: des enfants ont pris une piécette à Nikolka, qui ne quitte jamais son bonnet de fer et est couvert de chaînes, et il s'adresse au tsar qui passe:.

L'innocent
(il pleure)
Ils m'ont pris ma petite kopeck; on fait du mal à Nikolka!

Le peuple
Le tsar, le tsar vient.

Le tsar sort de la cathédrale. Un boyard, marchant devant, distribue l'aumône aux mendiants. Les boyards.

L'innocent
Boris, Boris! Les enfants font du mal à Nikolka.

Le tsar
Qu'on lui donne l'aumône. Pourquoi pleure-t-il?

L'innocent
Les petits enfants font du mal à Nikolka... Fais-les égorger, comme tu as égorgé le petit tsarévitch.

Les boyards
Va-t'en, imbécile! Saisissez cet imbécile!

Le tsar
Laissez-le. Prie pour moi, pauvre Nikolka.
(Il s'en va.)

L'innocent
(dans son dos)
Non, non! On ne peut pas prier pour le tsar Hérode: la Mère de Dieu ne le permet pas.

Les historiens de la littérature ont beaucoup écrit sur ce personnage, cherchant avant tout à savoir sur quel innocent de Dieu précis Pouchkine avait construit son Nikolka au Bonnet de fer. On connaît la correspondance de Pouchkine avec Viazemski et Karamzine pendant la rédaction de la tragédie, où il s'enquiert directement des innocents de Dieu moscovites célèbres: Basile le Bienheureux, lié à la personne d'Ivan le Terrible, mais sans succès, et Ivan au Grand Bonnet, qui, lui, médisait justement du tsar Boris. Il y eut aussi un troisième bienheureux, qui inspira Pouchkine: Nikola Salos de Pskov. Sachant que la bibliothèque de Pouchkine contenait la «Description historique de la ville de Pskov et de ses anciennes banlieues» de Nikolaï Ilinski, où figurent des informations sur Salos, il est tout à fait probable que le nom de Nikolka ait été emprunté précisément à l'innocent de Pskov, qui sauva la ville de la colère d'Ivan le Terrible en conseillant au peuple d'être doux et hospitalier devant le tsar, et en disant à Ivan IV lui-même: «Ivanouchko! Ivanouchko! Mange du pain et du sel, et non du sang chrétien!»

Le symbolisme du bonnet de fer est, pour le XVIe siècle, plus que transparent: c'est bien sûr un modèle du bonnet de Monomaque, des tiges de fer tressées en une coiffe surmontée d'une croix et bordée de la fourrure d'un chat crevé. Ivan au Grand Bonnet, ou le Porteur d'eau, était vénéré à Moscou comme un saint; on ne se moquait pas de lui et on ne lui faisait pas de mal; on essayait seulement, de temps à autre, de lui retirer son bonnet de fer, car il causait un très grand tracas au tsar.

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