Dans un manuscrit alchimique du XVIIIe siècle, « La Sagesse des philosophes antiques, ou leur doctrine de la Médecine suprême et universelle », jadis conservé dans la bibliothèque des capucins de la rue Saint-Honoré et décrivant une médecine universelle c
Prenons quatre scènes parmi bien d'autres : Fermentatio, Putrefactio, Solutio, Calcinatio. Elles montrent d'abord la matière, un crapaud à demi plongé dans l'eau et tout tacheté de bulles qui montent. C'est la représentation visuelle classique de « la putréfaction de la matière, souvent accompagnée d'un dégagement de gaz.
À la putréfaction succède la Putrefactio : le contenu a noirci, devenu nigredo, la « mort » nécessaire qui précède la renaissance. En alchimie, la nigredo est la première étape du processus d'obtention de la Pierre philosophale. Elle se caractérise par la décomposition, la putréfaction, la mort ou la calcination. Les éléments initiaux doivent être entièrement détruits, purifiés et réduits à une masse noire homogène, une matière mêlée : une purification au cours de laquelle le matériau imparfait périt pour renaître sous une forme nouvelle et parfaite. Jung reprend la notion de nigredo et l'appelle la nuit noire de l'âme, durant laquelle l'homme rencontre son Ombre, qui représente les aspects refoulés et négatifs de sa personnalité ; en cette période, il perd ses repères, sombre dans la dépression, se sent égaré, accablé, afin de prendre conscience, dans le chaos intérieur, de la nécessité d'accepter ses côtés sombres pour passer à l'étape de l'éclaircissement.
Plus loin dans le manuscrit, nous voyons une masse où figurent des astres, mais ce ne sont pas des corps nés en son sein. L'étape de la Solutio, associée à la purification et au retour à l'océan cosmique, décrit la transformation d'un corps solide en liquide : la matière perd sa forme fixe d'autrefois et retourne à un état plus primordial, désagrégé, pour se préparer à la transformation. Aucune substance ne peut être changée tant qu'elle n'a pas été ramenée à sa « matière première », c'est-à-dire dissoute. Jung y recourt comme à une métaphore de la dissolution des aspects rigides, figés, inflexibles de la personnalité et de l'immersion dans l'inconscient, symbolisé par l'eau, qui aidera à emporter les problèmes et les difficultés non résolus. La destruction du vieux « Moi » libère l'énergie nécessaire à la naissance d'une forme plus complète. La crise de la dissolution, qui ramollit les structures durcies, se révèle nécessaire à la poursuite de la croissance spirituelle.
L'opération de la Calcinatio est liée à l'élément du feu. Elle soumet la substance restante à une forte chaleur et la transforme en chaux friable, c'est-à-dire en oxyde, ou en cendre.
Une telle combustion ne se borne pas à éliminer les impuretés volatiles et l'humidité : elle détruit la structure primaire du matériau, et il ne reste au final qu'un résidu sec et pur, une cendre blanche. En psychologie analytique, on emploie la Calcinatio pour désigner une transformation psychologique intense, provoquée par un feu intérieur, c'est-à-dire par l'embrasement psychique d'émotions fortes, de la colère et de la honte à la frustration et aux désirs. Dans ce feu, en principe, se consume l'ego, cramponné à ses attitudes figées et qui s'enflamme à la rencontre d'une réalité insoumise.
Ce ne sont là que quelques-unes des étapes du Magnum Opus dit, l'obtention de la Pierre philosophale, mais, comme on le voit dans leur transposition psychologique, elles exigent encore et toujours la simplification des structures, la délivrance des illusions et des faux liens, afin d'obtenir une substance inerte, plus pure, en vue de créer une personnalité nouvelle.
J'espère que Nicolas Flamel n'a rien à redire à mon résumé. En tout cas, nécromants et hermétistes, ne m'en veuillez pas.


