Le retour du vêtement cappa magna et la querelle sur l'esthétique de l'Église
Difficile de tenir les conditions d'aujourd'hui pour le plus grand désastre de l'histoire d'une humanité qui a connu, dans un passé récent, le vrai chagrin, la misère et la faim. Aussi les attaques contre les manifestations extérieures des traditions ecclésiales relèvent-elles plutôt d'une querelle esthétique, telle qu'on en vit au VIe comme au XIIe, au XVIIIe comme au XXe siècle. À divers moments de l'histoire, le développement de l'esthétique ecclésiale a servi les tâches de l'État et les questions de théologie, tantôt, il est vrai, en étouffant les idées de prière et les autres valeurs du service ecclésial, tantôt en offrant un appui à la mère Église dans les temps difficiles. La renaissance d'un vêtement tel que la cappa magna peut figurer aux yeux des uns le creusement du détachement de l'Église à l'égard des affaires du monde, tandis que d'autres y discerneront un recours profond aux traditions symboliques en quête de réponses aux questions pressantes. Se pose inévitablement la question de la modernité de l'Église et de l'adéquation de son image aux réalités du jour, mais ce questionnement est-il bien sérieux s'il ne repose que sur des griefs esthétiques, des modes éphémères et les goûts changeants d'un public tenu en otage par la culture populaire ? Irons-nous jusqu'à juger la divine liturgie du point de vue d'un bourgeois mondain qui s'ennuie ? Et si l'on considérait ces antiquités bien vivantes de l'usage ecclésial comme le symbole de la préservation de l'art traditionnel, des métiers et des canons au milieu des bouleversements technologiques et des révolutions de la consommation ? La maison de Dieu ne demeurera-t-elle pas le lieu où la beauté de la création se montre telle qu'il y a des centaines d'années, dans toute la grandeur de l'édification et de la création humaines ? La grande cappa porte un message chrétien symbolique, sans lequel on pourrait tout bonnement la vendre et l'oublier : elle ne serait plus qu'un objet étrange taillé dans une étoffe coûteuse.