Vassilissa Kojina et la guérilla contre Napoléon dans le gouvernement de Smolensk
Le staroste d'un village du district de Sytchiovka conduisit en ville un convoi de prisonniers capturés par les paysans. En son absence, les villageois attrapèrent encore quelques Français et les amenèrent aussitôt à la starostikha Vassilissa, afin qu'elle les expédiât où il convenait. Cette dernière, ne voulant point distraire les hommes faits de leur principale occupation, qui était de battre et de traquer les scélérats, rassembla une petite escorte d'enfants et, montée sur un cheval, se mit à conduire elle-même les Français en qualité de chef… Dans ce dessein, allant et venant autour des prisonniers, elle leur criait d'une voix impérieuse : « Allons, scélérats de Français ! Au front ! En rang ! En avant, marche ! » Un des officiers prisonniers, courroucé de ce qu'une simple paysanne eût la prétention de lui commander, ne lui obéit point. Vassilissa, voyant cela, bondit sur lui à l'instant même et, le frappant à la tête de son sceptre, c'est-à-dire de sa faux, l'étendit mort à ses pieds en s'écriant : « Voilà ce qui arrivera à vous tous, voleurs, chiens, pour peu que l'un de vous ose seulement bouger ! J'ai déjà arraché la tête à vingt-sept polissons de votre espèce ! En ville, marche ! » Et après cela, qui doutera que les prisonniers aient reconnu sur eux l'autorité de la starostikha Vassilissa ?
Portrait de la starostikha Vassilissa Kojina, Alexandr Smirnov, 1813.
Vassilissa Kojina, paysanne du hameau de Gorchkovo, dans le gouvernement de Smolensk, s'est illustrée comme une figure haute en couleur de la guerre de partisans contre Napoléon. On considère qu'elle tua plusieurs dizaines de Français et qu'elle organisa un détachement de partisans composé de femmes et d'enfants, qui infligeait aux troupes françaises des pertes considérables. Pour ses mérites au combat, Kojina reçut une médaille et une gratification de 500 roubles. Elle devint célèbre dès le temps de la guerre ; son image apparut dans des récits, dans la littérature et dans la création populaire, et l'on connaît plusieurs loubki où elle figure. Dans la Russie d'aujourd'hui, des rues, une gare et un village portent le nom de Vassilissa Kojina, et un monument lui est consacré.