Les surréalistes et les dadaïstes qui les ont rejoints, de Tzara à Man Ray
Les surréalistes à Paris en 1933 : Tristan Tzara, Paul Éluard, André Breton, Jean Arp, Salvador Dalí, Yves Tanguy, Max Ernst, René Crevel et Man Ray.
Tristan Tzara, poète, est le fondateur du dadaïsme. Au début de 1930, il soutient, avec Francis Ponge et Paul Nougé, la première livraison d'une nouvelle revue surréaliste intitulée Le Surréalisme au service de la Révolution, ce qui prolonge, somme toute, la veine politique de l'histoire du surréalisme. Nous savons combien la parole imprimée, la publicité militante, a compté dans la vie de ce mouvement, dès le Manifeste du surréalisme lui-même. Et, naturellement, l'art ne pouvait dès l'origine demeurer à l'écart des prises de position politiques : la revue Documents, qui parut deux ans à partir du printemps de 1929 sous la direction du théoricien de l'art et philosophe Georges Bataille, devint une pépinière de dissidence surréaliste et accueillit de fait ceux qui refusaient de suivre les membres du mouvement empressés de vouer la loyauté politique des créateurs au Parti communiste français.
Le poète Paul Éluard, qui se tenait aux sources du surréalisme avec André Breton et Louis Aragon, avait appartenu auparavant au mouvement dada, mais il sentit s'épuiser l'idée anarchique de démolir la vieille morale et de fouler aux pieds le goût bourgeois, et vint au surréalisme avec des essais de création positive dans le domaine du surréel.
Tous les chercheurs, cependant, ne tiennent pas Éluard pour un cofondateur du surréalisme : certains estiment que le surréalisme est né des méditations d'André Breton, de Philippe Soupault et de Louis Aragon. Et ce n'est que plus tard que d'autres écrivains, peintres et cinéastes se joignirent aux trois poètes, animés du même désir de s'affranchir du contrôle de la raison et de faire de l'imagination le fondement de leur travail.
Jean Arp est un autre dadaïste actif rallié aux surréalistes lorsqu'il quitta la Suisse pour Paris, où il exposa à leur première exposition, en 1925. Les œuvres d'Arp procèdent de l'esprit de l'automatisme : il prend des figures réelles et les réduit à des formes abstraites. On lui doit l'idée d'une analogie entre le monde organique et le processus créateur : l'art est un fruit qui croît dans l'homme, comme le fruit sur la plante ou l'enfant dans le sein de sa mère.
Yves Tanguy rejoignit le groupe en 1925, et l'influence de Dalí se laisse particulièrement deviner dans ses œuvres. Passionné d'abord d'automatisme, comme Arp, Tanguy se met à peindre des tableaux représentant des mondes féeriques et de vastes paysages peuplés de formes biomorphiques.
L'écrivain René Crevel, ancien dadaïste, est l'auteur de livres surréalistes tels que « Mon corps et moi », « Babylone », « Difficile Mort », qui font pour ainsi dire voler en éclats l'idée même du genre romanesque.
Ce sont les objets surréalistes, créés avant même que le mouvement ne prît forme, qui valurent à l'Américain Man Ray sa plus grande notoriété : ainsi l'objet emballé dans une étoffe intitulé « L'Énigme d'Isidore Ducasse » et « Cadeau », un fer à repasser hérissé de pointes acérées