jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

La cadette de l'écrivain sir Arthur Conan Doyle, Dame Jean Conan Doyle, racontait comment l'acteur Jeremy Brett était venu faire sa connaissance :

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La cadette de l'écrivain sir Arthur Conan Doyle, Dame Jean Conan Doyle, racontait comment l'acteur Jeremy Brett était venu faire sa connaissance :
« Il était charmant. Il était le seul acteur ayant incarné Sherlock Holmes qui ait daigné me contacter et venir me voir. Pendant tout ce temps, il me téléphonait pour me demander mon avis. Il acceptait très bien la critique et ne cherchait pas à se justifier. »

Jean Conan Doyle vécut jusqu'en 1997, et à cette date des centaines d'adaptations des œuvres de son père avaient vu le jour ; il serait étonnant qu'elle eût suivi le jeu des acteurs dans chacun de ces films.

Mais voici ce qui m'a fait réfléchir. Pourquoi, au juste, un acteur irait-il demander aux enfants d'un écrivain défunt leur opinion sur son jeu ? Sans doute le simple fait de rencontrer une telle dame est-il intéressant, mais l'avis de l'enfant de l'auteur doit-il influer sur le jeu d'un acteur dans une adaptation ? À moins que cela ne soit stipulé à part en raison de la détention des droits d'auteur, quelle expertise en matière de dramaturgie et d'art de l'acteur peut bien avoir une dame âgée qui a consacré sa vie au service militaire et se trouve être la fille d'un homme de lettres ? On peut certes supposer que sir Arthur a laissé à l'un de ses enfants des recommandations ou des conseils particuliers pour le cas où, dans un avenir lointain, bien après sa mort, quelqu'un viendrait soudain demander : « Alors, j'étais bon ? » Mais c'est peu probable.

Aussi, avec tout le respect dû à l'âge comme aux mérites, les enfants de l'auteur, les épouses de l'auteur, les secrétaires de l'auteur, les agents de l'auteur, les amis intimes et les plus fervents admirateurs de l'auteur ne sont pas pour autant cet auteur, et ne sauraient, en se prévalant de leur qualité de personnes qui lui sont liées, prétendre par défaut à une expertise péremptoire sur son œuvre.

Il est vrai que Dame Jean, pour sa part, était à tout le moins ardemment impliquée dans la vie des œuvres paternelles et connaissait bien la matière, contrairement, disons, aux descendants de tel ou tel écrivain qui ne jugent pas nécessaire de lire ses œuvres complètes. Je pense qu'elle pouvait effectivement donner un conseil judicieux, du moins en tant que personne ayant parcouru tous les tomes des aventures de Holmes et de Watson, en se référant à quelque détail précis. Mais que tous les acteurs ayant incarné Sherlock de son vivant ne soient pas venus chez elle pour des lectures, ce fut au fond une chance pour elle : quel moulin ce serait devenu ! Elle avait tort de s'en plaindre.

Plus généralement, j'observe souvent que les descendants ne parviennent pas à se séparer de l'image de leurs illustres ancêtres et passent leur vie à tenter d'ajuster à leur propre personne des lauriers qui ne sont pas les leurs. Je me souviens d'avoir vu, de mes propres yeux, la fille d'un écrivain de science-fiction découvrir un livre de son père sur un étal, l'ouvrir, le signer du nom de celui-ci et le remettre, ravie, à sa place. Elle avait laissé un autographe ! Un faux, à vrai dire.

Quant à Conan Doyle lui-même, selon l'historienne Lucy Worsley, Arthur Conan Doyle détestait en secret Sherlock Holmes et lui imputait l'impopularité de ses romans historiques sérieux ; peut-être se serait-il même réjoui de la pire interprétation de ce rôle.

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