jeudi, 8 octobre 2026

Comment l'argent est devenu la base du système fiscal des Ming et pourquoi sa pénurie a perdu la dynastie

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Comment l'argent est devenu la base du système fiscal des Ming et pourquoi sa pénurie a perdu la dynastie

Les empereurs de la dynastie Ming, qui régna sur la Chine de 1368 à 1644, eurent au XVIe siècle un besoin criant d'argent. Il servait avant tout à financer des projets de prestige, tels que la Cité interdite à Pékin et la restauration de la Grande Muraille. Dans l'Encyclopédie de l'histoire mondiale, l'historien Mark Cartwright explique comment l'argent devint le fondement du système fiscal des Ming et pourquoi sa pénurie contribua à la chute de la dynastie.

Les dynasties Song et Yuan avaient encouragé le papier-monnaie, mais sous les Yuan, les autorités en imprimèrent sans mesure pour payer les digues et les travaux d'irrigation sur le fleuve Jaune, et les billets finirent par perdre presque toute valeur. Les marchands cessèrent de leur faire confiance et se rabattirent sur l'argent en lingots. La tentative des Ming de rétablir le papier-monnaie échoua à son tour, et l'argent resta le moyen d'épargne le plus sûr.

Sous les Ming, la population de la Chine passa d'environ 60 ou 80 millions à 150 ou 200 millions d'habitants. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les autorités fondirent plusieurs impôts en un seul versement, qu'on appela « l'impôt du fouet unique » (yi tiao bian fa). C'était le premier impôt qu'il fallait acquitter en argent, alors qu'auparavant on payait ses impôts en grain, en étoffe ou en monnaie de cuivre. Les historiens rattachent la réforme au haut fonctionnaire Zhang Juzheng, qui vécut de 1525 à 1582, et sa mise en œuvre commença en 1581. Le nouvel impôt réunissait l'impôt foncier et les corvées, et se calculait d'après la superficie des terres. Les eunuques de la cour et une partie des fonctionnaires résistèrent à la réforme, qui les privait de pouvoir et de privilèges, mais « l'impôt du fouet unique » survécut jusqu'à la dynastie Qing.

L'argent était si prisé en Chine qu'au XVIe siècle, à Amsterdam, une once d'or valait 11 onces d'argent, tandis qu'en Chine, ces mêmes 11 onces d'argent pouvaient s'échanger contre 2 onces d'or. Les mines chinoises elles-mêmes étaient épuisées dès 1430, de sorte que l'argent venait de l'étranger. Du Japon, les marchands portugais en exportaient vers la Chine, par Macao et Nagasaki, environ 20 tonnes par an, en échange de soie. D'Amérique, l'argent arrivait par les galions de Manille, ces navires qui firent la navette entre Manille et Acapulco de 1565 à 1815 : les meilleures années, chacun d'eux transportait en moyenne 3 millions de pesos d'argent. Selon l'historienne Patricia Ebrey, la moitié de l'argent extrait au Mexique et en Bolivie partait pour la Chine. La plus grande mine, Potosí en Bolivie, fournissait vers 1600 environ 9 millions de pesos par an, et y peinaient des Indiens contraints au travail et des esclaves africains.

À partir de 1639, les importations d'argent diminuèrent : le Japon ferma Nagasaki aux marchands de Macao, et le commerce avec les Philippines espagnoles cessa après le massacre des habitants chinois. La pénurie d'argent provoqua une déflation, une hausse des loyers réels et une thésaurisation de l'argent et du grain. Les luttes entre factions de cour, la corruption, les dépenses engagées pour défendre la Corée contre deux invasions japonaises, les soulèvements paysans, les mauvaises récoltes et une épidémie de variole aggravèrent encore la situation. Affaiblie, la dynastie Ming ne put résister aux Mandchous, qui fondèrent en 1644 la dynastie Qing.

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