samedi, 3 octobre 2026

La langue de Dostoïevski : un sujet non seulement intéressant, mais essentiel pour comprendre son œuvre

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La langue de Dostoïevski : un sujet non seulement intéressant, mais essentiel pour comprendre son œuvre

La langue de Dostoïevski : un sujet non seulement intéressant, mais essentiel pour comprendre son œuvre. Est-il possible de saisir la personnalité d'un héros sans pénétrer son vocabulaire ? C'est sans doute l'une des premières étapes par lesquelles il faut commencer. Bien sûr, bien des mots paraîtront attendus et ne susciteront aucun étonnement.

Ouvrons le dictionnaire de Dostoïevski publié par l'Académie des sciences : il ne donne pas l'intégralité de son lexique de trente-cinq mille mots, mais un peu plus de deux mille idioglosses principales, ces unités linguistiques capitales qui composent le style propre de l'auteur et entrouvrent l'énigme de ses idées sur le monde. Enfer, ange, pauvre, abîme, démon et démons, perte de conscience, pâle, Dieu, maladie, délire, lâcher une bêtise, vite, foi, s'émouvoir, aimer, question, mentir, irascible, ruade, incartade : rien d'étonnant, à première vue. Mais il suffit de prendre une distance respectable avec les réalités du XIXe siècle pour que des mots en apparence anodins, comme « avos » (peut-être bien), « soudain », « tout à coup », deviennent des détails essentiels, sans lesquels Dostoïevski serait méconnaissable.

C'est précisément cela, la langue de Dostoïevski, qui fascine dans la nouvelle adaptation cinématographique de « Crime et Châtiment ». J'ignore comment l'on peut reprocher à cette série sa théâtralité, mais ne vous plonge-t-il pas dans une sorte de transe méditative, ce florilège de « petit crime », « tuons le temps », « miséricorde », « mademoiselle », « séduire », « balivernes », « je surmonterai » ? À propos, les doses homéopathiques dont parle le diable renvoient aux « Frères Karamazov », dont on trouvera déjà une dizaine de réminiscences dans le seul premier épisode. De là vient le passage « Quelle foi est-ce là, qui s'impose par la violence ? D'ailleurs, en matière de foi, aucune preuve n'est d'aucun secours, surtout les preuves matérielles », ou encore l'histoire de Rodion sur le morceau de mie de pain piqué d'épingles, tirée, elle, du récit sur Joutchka.

Bref, les procédés linguistiques par lesquels les auteurs de la série ont obtenu cette authenticité méritent une analyse attentive et distincte, et je pense que nous y reviendrons. En attendant, arrêtons-nous à ceci : la belle et pure langue russe du XIXe siècle, dans un décor contemporain, est incomparable

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