J'ai vu l'exposition Georges de La Tour «Entre ombre et lumière» au Musée Jacquemart-André à cinq reprises: à chaque fois, la queue à l'entrée, mais s'il m'était donné d'y retourner, j'irais avec plaisir
J'ai vu l'exposition Georges de La Tour «Entre ombre et lumière» au Musée Jacquemart-André à cinq reprises: à chaque fois, la queue à l'entrée, mais s'il m'était donné d'y retourner, j'irais avec plaisir. Aussi n'ai-je aucunement l'intention de manquer la nouvelle exposition de Gerard van Honthorst, «Gérard de la nuit», à Utrecht. Van Honthorst, contemporain de La Tour et caravagesque lui aussi, explora les effets d'ombre et de lumière. À vrai dire, le titre même de l'exposition joue sur le thème des scènes nocturnes si chères au peintre et renvoie à la technique du ténébrisme, que La Tour comme van Honthorst portèrent à un haut degré de raffinement.
Chez «Gérard de la nuit», l'un des principaux caravagesques d'Utrecht, la bougie devient elle aussi bien souvent la source de lumière essentielle du tableau, mais, à la différence de La Tour, ses sources lumineuses sont moins des truchements mystiques que des accusateurs moraux.
L'exposition du Jacquemart-André, peu vaste, réunissait un peu plus de vingt chefs-d'œuvre de La Tour et permettait de découvrir son étonnante manière de représenter métaphysiquement la lumière; le Centraal Museum d'Utrecht montre pour sa part environ 60 tableaux et 30 dessins de Gerrit van Honthorst, issus des plus grandes collections du monde: le Louvre, la Galerie Borghèse, la Collection royale britannique. Et si l'on considère l'hypothèse selon laquelle La Tour aurait pu faire connaissance avec les œuvres des caravagesques d'Utrecht, van Honthorst compris, lors d'un voyage à Utrecht en 1616, et qu'il aurait hérité dans son art des maîtres hollandais plutôt que de Caravage lui-même, cette exposition peut produire un effet saisissant.
Sur la photographie prise à l'exposition: deux tableaux sur le thème de la Dérision du Christ, issus de la période la plus précoce de van Honthorst. Le Vendredi saint, à Jérusalem, aussitôt après le jugement du gouverneur romain Ponce Pilate, qui avait ordonné de soumettre Jésus à la flagellation, on emmène le Christ dans le prétoire, où l'on commence à le tourner cruellement en dérision. Van Honthorst a peint plusieurs toiles sur ce sujet. On estime que c'est précisément cette version qui exerça une influence colossale sur le baroque de l'Europe du Nord, devenant un modèle pour des maîtres tels que son élève Matthias Stom, Hendrick ter Brugghen, et même le jeune Rembrandt.
