Le tartre dentaire est la dernière sorte de pierres que l'archéologue s'attende à trouver, mais Elena Fiorin et ses collègues ont publié les résultats de mesures de la concentration de mercure non dans les os, mais dans la plaque dentaire de défunts inhum
76 échantillons de plaque dentaire et 45 échantillons de sol ont montré que, chez les pensionnaires des léproseries, le taux de mercure va de 0,11 à 9,7 mg/kg, soit bien plus, et dans des proportions notables, que dans les groupes témoins issus de cimetières ordinaires.
Cela confirme que les lépreux étaient bel et bien soignés au mercure. On le leur frottait sur la peau, on le leur faisait avaler, on les contraignait à en respirer les vapeurs.
Mais le plus curieux tient à la répartition selon le statut. Chez les défunts inhumés dans la chapelle Saint-Thomas d'Éziers, il y a plus de mercure que chez ceux qui reposent hors de ses murs. Autrement dit, plus la position du malade était élevée, plus intensément on le traitait, et plus vite il mourait, non plus de la lèpre, mais du remède. Plus la dose de poison était forte, meilleurs étaient les soins : certains principes de la médecine médiévale sont encore vivants de nos jours.
À Peterborough, en Angleterre, on a trouvé dans ce même tartre des traces de gingembre. Constantin l'Africain recommandait au XIe siècle des décoctions de gingembre pour soulager les douleurs de la lèpre. Le gingembre ne guérissait pas, mais du moins ne tuait-il pas.
Au XVIIIe siècle, le médecin suédois Isaac Uddman écrira qu'il est vain de traiter la lèpre par le mercure. Dommage qu'à ce moment-là, le mercure ait déjà été gaspillé en pure perte pendant six cents ans