Vladimir Monomaque n'est pas resté dans les mémoires seulement pour ses actes de souverain, mais aussi pour les textes qu'il a laissés
Vladimir Monomaque n'est pas resté dans les mémoires seulement pour ses actes de souverain, mais aussi pour les textes qu'il a laissés. Dans ses « Instructions », il parle beaucoup de sa propre vie. Avec une grande fierté, le prince décrit campagnes militaires et parties de chasse, leur accordant la même attention et les plaçant au même niveau d'importance.
C'est précisément la chasse qui devient, pour les seigneurs de la Rus', une sorte de plaquette publicitaire de la conduite guerrière, et qui concentre les valeurs propres à la guerre et au combat. La chasse est pour les Russes ce que le tournoi est pour les Européens, lequel passe pour l'équivalent d'une bataille.
Dès cette époque, l'importance du résultat des exploits militaires était mise sur le même plan que l'effet produit par le spectaculaire, par la correction, par le caractère canonique d'un rituel guerrier étranger à la bataille proprement dite. Ainsi, c'est l'effet de manche qui suscite le plus d'intérêt et de respect : la mort dans une mission impossible devient plus séduisante qu'une opération militaire réussie, mûrement pesée, voire de grande envergure.
En témoigne l'intérêt sincère des chroniqueurs pour la tentative présomptueuse du prince Igor Sviatoslavitch de s'emparer, avec de maigres forces, de la principauté de Tmoutarakan, tandis qu'ils restent indifférents à la glorieuse campagne de la coalition des princes de Kyiv, sous la conduite de Vsevolod Gros-Nid, contre les Bulgares de la Volga.
J'ignore comment s'appelle cette régularité médiévale si parlante, mais il me semble parfois que notre matrice de valeurs ne diffère guère des représentations du XIIe siècle.