jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

Le journal de l'Association américaine de psychologie publie une étude sur la manière dont l'accusation d'un crime portée contre un artiste modifie le regard du public sur ses œuvres

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On proposait aux participants de l'expérience d'évaluer une œuvre, puis on leur annonçait que son auteur était accusé de tel ou tel crime, et on leur demandait de l'évaluer de nouveau, en leur demandant au passage s'il fallait restreindre l'exposition de cette œuvre. Résultat : les répondants soutenaient plus fortement la limitation de la diffusion des œuvres d'artistes accusés de crimes sexuels que de celles d'artistes accusés d'autres crimes, meurtre compris.

Le goût pour l'œuvre elle-même, en revanche, ne changeait pas, et les participants ne l'appréciaient pas moins qu'avant d'apprendre l'accusation. Toutefois, dans le groupe confronté à une accusation de crimes sexuels, les gens estimaient la valeur marchande de l'œuvre nettement plus bas que dans les autres groupes, alors qu'avant l'annonce de l'accusation aucune différence de ce genre n'existait. Fait remarquable, les participants tenaient le meurtre pour une faute morale plus grave, mais punissaient plus sévèrement l'artiste accusé de crimes sexuels.

La tentation est grande de saluer ce déplacement de l'échelle de la réprobation sociale comme un progrès : la société serait enfin assez mûre pour sanctionner sérieusement la violence faite à la personne. Mais réfléchissez. C'est exactement l'inverse. Que le meurtre suscite moins de fureur publique que le crime sexuel n'est pas le signe d'une sensibilité générale accrue, mais d'un glissement de l'échelle des valeurs. Une vie ôtée indigne moins qu'une atteinte au consentement et à l'intégrité corporelle. L'atteinte à la vie cesse d'être tenue pour le mal suprême ; en somme, on apprend aux gens à se durcir peu à peu devant le fait même de la mort d'un être humain, à voir dans le meurtre quelque chose de plus ou moins acceptable, ou du moins on dresse un catalogue de crimes jugés plus effroyables encore. Comment s'en étonner, dans une culture qui multiplie les pratiques de sortie de vie assistée et tend à dépénaliser les crimes les plus graves, pourvu qu'ils soient commis par certaines catégories non justiciables… Y a-t-il, dans tout cela, la moindre logique dans la montée en puissance de l'autonomie du corps ?

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