mercredi, 7 octobre 2026

Le fer à cheval du pavé de Kelso et ses deux origines, Jacques II ou Charles Édouard Stuart

Partager

Dans la petite ville écossaise de Kelso, non loin du Roxburgh historique où le roi d'Écosse Jacques trouva la mort en 1460, mortellement blessé par l'éclat d'un canon qui avait explosé, on peut voir une curiosité : un grand fer à cheval scellé dans la pierre du pavage. On prétend que c'est à cet endroit précis, sur la route de Roxburgh, que le cheval de Jacques perdit un fer, ce qui put passer pour un mauvais présage : les montures royales, en effet, étaient d'ordinaire fort bien ferrées et ne perdaient pas leurs fers. Ce jour-là, le monarque périt.

J'ai lu cela dans l'Ordnance Survey écossais, publié au XIXe siècle, qui contient des données onomastiques, des descriptions cartographiques, des informations d'adresses et autres caractéristiques. Dans l'Object Name Book du Roxburghshire de 1858-1860, outre la mention du fer encastré dans les pavés, on trouve l'indication que, sur le lieu où périt Jacques II, le duc de Roxburghe fit planter un houx (arbuste à feuilles piquantes et à baies rouges que l'on tresse dans les couronnes de Noël). Le même document contient une annotation savoureuse : cette histoire pourrait bien être vraie.

Dans les sources contemporaines, en revanche, on écrit partout que l'origine de ce fer tient à une chute de cheval du Beau Prince Charlie, ou Jeune Prétendant. Sous ces surnoms était connu le dernier des Stuarts, Charles Édouard, qui conduisit le soulèvement contre les Anglais en Écosse et se proclama un temps roi sous le nom de Charles III. Ce même conspirateur contre les Hanovre qui s'enfuit vers l'île de Skye déguisé en femme. Et voilà que guides de voyage et même encyclopédies affirment que le cheval de monsieur Charles Edward Louis Stuart aurait trébuché à l'endroit même où se trouve aujourd'hui la pierre au fer à cheval, tandis qu'il fuyait le pays. On a bâti sur lui quantité de légendes, ce qui donne d'autant moins envie d'y croire ; on raconte, par exemple, qu'il mourut des suites d'une chute de cheval, sa monture s'étant jetée sur une fourmilière dans un bois. Rappelons que nous sommes au XVIIIe siècle, et qu'un tel fait n'aurait assurément pas manqué d'être consigné dans le répertoire susmentionné.

Bref, je suis enclin à croire la version liée à Jacques II. D'autant que la description de la région que nous possédons, des plus minutieuses et des plus fiables, ne dit rien d'autre. La seconde histoire relève de toute évidence du seul folklore.

Dommage que mon opinion n'intéresse guère les faiseurs de littérature touristique et régionale en Écosse 😞

Signaler une erreur de traduction

Lire la suite