dimanche, 4 octobre 2026

Dans la nouvelle « Harlequin's Lane » [« La Rue d'Arlequin »] d'Agatha Christie, tirée du recueil « The Mysterious Mr. Quin », que l'écrivaine a entièrement consacré à l'un de ses héros favoris, Mr Harley Quin, apparaît en caméo la ballerine russe Tamara

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Chez les Denman, un couple qui reçoit, la conversation tombe sur la Russie : l'épouse, Anna, est une émigrée russe que l'on a arrachée très jeune à la tempête de la révolution. Parlant du ballet, elle dit tout en savoir, pour avoir elle-même dansé jadis. Au dénouement, nous apprenons qu'Anna Denman n'est autre que la ballerine russe Anna Karsavina, tenue pour morte en Russie.

Après le rôle de Colombine dans une représentation improvisée à domicile, il devient évident que la maîtresse de maison est bien la grande Karsavina, qui cachait son identité à cause de son mari, qu'elle avait d'ailleurs cessé d'aimer depuis longtemps.

À la fin de la nouvelle, la ballerine meurt de façon mystérieuse.

En créant Anna Karsavina, Agatha Christie a fondu deux noms de ballerines extrêmement populaires en Angleterre, Anna Pavlova et Tamara Karsavina, empruntant de menus détails aux biographies artistiques des deux danseuses.

Quant à Mr Harley Quin, personnage qui traverse tout le recueil, il nous renvoie à l'Arlequin, magique par essence dans la tradition anglaise, lié notamment à l'au-delà, ressuscitant les morts, changeant les objets en êtres humains et se livrant à d'autres extravagances de sorcier. Ce n'est pas un hasard si, dans l'une des scènes, Mr Quin apparaît tel qu'en lui-même, mais plus jeune de dix ans : par magie, ce héros démoniaque peut prendre l'aspect d'un homme jeune.

Que le synonyme du nom d'Arlequin soit la Mort, c'est Anna Karsavina qui le révèle dans le dialogue final. À proprement parler, il est l'incarnation d'un ange de la mort, protecteur des défunts, capable, s'il le désire, de les rappeler à la vie, comme il advient de la ballerine disparue. L'Arlequin d'Agatha Christie voit les pécheurs à travers et les appelle au repentir : il demande par exemple à son « assistant » s'il ne regrette pas de passer sa vie sans être payé de retour en amour. Arlequin ne commerce pas seulement avec l'autre monde : il met aussi de l'ordre dans celui-ci, apparaissant sur les lieux des crimes et, dans le cas d'Agatha Christie, enquêtant sur les meurtres, dévoilant l'injustice et réunissant les amoureux, tout cela à l'aide d'une sorte de familier, personnage plus médiocre, qui offre l'image du simple mortel.

Naturellement, au sens large, le prototype de l'Arlequin des romans policiers d'Agatha Christie est le démon médiéval Hellequin, chargé en enfer de tourmenter les pécheurs. À cette lumière, la chanson d'Alla Pougatchova sonne évidemment tout autrement. Que sont ces vers, sinon une errance aux enfers ? « Sur les aiguilles acérées d'un feu éclatant je cours, je cours, les chemins n'ont pas de fin. L'immense monde s'est refermé sur moi, le cercle de l'arène et un masque sans visage... Sans nom et, somme toute, sans destin » : et le rire d'outre-tombe du refrain est particulièrement effrayant.

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