Le choléra à bord de la Melpomène à Toulon en 1833 chez Giono et dans le tableau de Vernet
Le Musée des Beaux-Arts de Marseille conserve « Le Choléra à bord de la Melpomène », tableau d'Horace Vernet peint en 1835 pour l'Intendance sanitaire, qui constituait depuis les années 1730 une collection sur le thème des épidémies pour sa sall.
Les événements survenus à bord de la Melpomène, frappée par le choléra et arrivée à Toulon en juillet 1833, tinrent le pays tout entier en haleine et finirent par faire l'objet d'un procès scandaleux.
Jean Giono, dans « Le Hussard sur le toit » (le roman a été porté à l'écran en 1995), a décrit le navire saisi par le choléra comme bourré de contagion ainsi qu'une chaudière en feu, et l'a comparé à une bombe capable de faire sauter un royaume, telle une grenade sanglante, en cinq secondes.
Et si le roman nous livre les détails physiologiques déconcertants de la maladie et fait de nous les témoins d'une leçon de médecine légale vue par un inspecteur d'État, la toile de Vernet, achevée juste après les événements qui avaient bouleversé le pays à bord de la « Melpomène », plusieurs années avant l'écriture du roman sur le même sujet, montre la tragédie sous un tout autre angle.
Sur le tableau, un matelot, très probablement contaminé, remonte de la cale le cadavre de son camarade. Derrière lui, un homme mourant, ou déjà mort. Un commis en chapeau de paille, accoudé à un canon, consigne le nombre des morts. Deux officiers soutiennent un mousse épuisé. La batterie est devenue un lazaret. Le marin mort est représenté dans la pose du Christ de Mantegna, les jambes croisées de la même façon, l'un de ses camarades le retenant avec douleur.
Dans l'esquisse du tableau, près du défunt, on ne voit pas de matelot: à sa place, une femme en deuil et un jeune homme, sans doute la famille du mort. Les autres personnages et le décor sont les mêmes.
Le navire « Melpomène » a bel et bien existé et a effectivement apporté le bacille en Europe, après un trajet de Brest à Alger et trois mois passés à Lisbonne, en proie au choléra. Dix-huit marins périrent à bord. Le commandant fit débarquer l'équipage, le navire quitta la ville, laissant à l'hôpital 45 marins infectés. Pendant la traversée entre Lisbonne et Toulon, on enregistra 59 nouvelles contaminations et 7 décès.
En France, le navire fut mis en quarantaine; au bout de 2 mois, on décida de le couler temporairement pour le désinfecter.

