vendredi, 2 octobre 2026 · Almaty

Au Caire, on commerce jusqu'à neuf heures du soir, parfois plus tard, selon que les affaires vont bien ou mal

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Au Caire, on commerce jusqu'à neuf heures du soir, parfois plus tard, selon que les affaires vont bien ou mal
Au Caire, on commerce jusqu'à neuf heures du soir, parfois plus tard, selon que les affaires vont bien ou mal. On est assommé par la lumière, les couleurs, les cris, le bruit, le mouvement. Tout crie : les Arabes crient, les voitures klaxonnent, les porteurs crient, les ânes crient, mais plus fort que tous crient les marchands à l'éventaire, vendeurs de chaussettes en nylon. Ils cèdent leur marchandise 5 piastres moins cher qu'en magasin, c'est-à-dire 15 piastres la paire. 15 se dit en arabe « khamastacha », et ce mot nous a poursuivis durant les plus de trois mois de notre voyage. Les Arabes le prononcent d'un son guttural, à pleine voix, dans un « forte » véritable, comme s'ils raclaient les dernières bribes de leur voix. Les clients fouillent dans l'étal, le patron leur fait confiance, mais Dieu vous garde de lui rendre par erreur ne fût-ce qu'une piastre de moins : un scandale épouvantable éclate aussitôt.
La foule est vêtue de façon bariolée et haute en couleur, surtout les femmes (hormis celles qui portent la robe nationale noire et le voile). Bleu, jaune, vert, rouge, chaussures claires. On est habillé légèrement, malgré décembre. Les têtes sont nues. Le manteau est une rareté. Les femmes sont en imperméable ou en veste de laine. Les hommes, pour peu qu'ils soient aisés, portent en règle générale des chemises blanches amidonnées. Sans doute est-ce réfléchi : le blanc fait très heureusement ressortir le ton foncé de la peau.
Au centre du quartier commerçant, tous les rez-de-chaussée sont occupés, sans exception, par des magasins. La grande rue marchande est la plus fréquentée. Les vitrines vous éblouissent et vous brouillent la vue. Les magasins de chaussures frappent tout particulièrement. De loin, on prendrait une boutique de chaussures pour une exposition de confiseries ou une vitrine de jouets d'enfants, mais, en approchant, on constate que ce sont des souliers de dame et des souliers d'enfant : roses, bleus, brocart, dorés, argentés, transparents comme du verre. Des souliers de paillettes, des souliers de nuit, en soie et en fourrure, sans talons ; et d'autres à talons aiguilles d'une telle hauteur qu'il paraît impossible non seulement de marcher dessus, mais même de se tenir debout. Mais hélas ! Les magasins sont souvent déserts. Il faut racoler les clients...
Vous vous arrêtez devant la vitrine d'un magasin. Deux, trois vendeurs fondent sur vous : « Madame, entrez donc... » Si vous n'avez pas d'argent, mieux vaut ne pas entrer : on vous fera asseoir de toute façon et c'est tout un spectacle qui commence. On vous proposera tout ce qu'on est en mesure de proposer. On ouvrira des dizaines de boîtes, on grimpera à toutes les échelles du magasin, on vous offrira du café ou du thé. Mais si vous n'achetez rien, quel soupir de déception vous suivra dans le dos

Extrait des souvenirs de la danseuse de ballet et pédagogue Tatiana Viatcheslova sur la tournée du théâtre Mariinsky au Caire en 1959

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