Dans la Vie d'André le Fol en Christ, connue en slavon depuis le XIe siècle
Dans la Vie d'André le Fol en Christ, connue en slavon depuis le XIe siècle et consacrée à un saint qui vécut à Byzance au Xe siècle, nous lisons ces mots : « Aux derniers jours, le Seigneur Dieu suscitera un roi issu de la misère.. il relèvera les églises des saints et rebâtira l'autel détruit, et il n'y aura plus de procès, ni d'offenseur ni d'offensé.. que les hommes cessent de forniquer, et à ses boyards qui commettent l'iniquité il infligera le châtiment et les livrera à la mort.. »
La prophétie fait écho à l'utopie populaire du conte de l'oncle Filat, où se levait l'astre du bonheur paysan et naissait le royaume des moujiks.
Il apparaît ainsi que la vision utopique des destinées du monde n'abolit nullement le schéma habituel de l'ordre établi : il y a toujours un tsar, des riches et des pauvres, sauf que tout le monde change de place. Le tsar sort des mendiants, les riches de ceux qui peinent dans le besoin, et les pauvres, naturellement, des riches. La représentation de la vie nouvelle reste enfermée dans les limites de l'ancienne. L'injustice n'est pas supprimée, elle est simplement réorientée, comme par représailles, dans l'autre sens. Demeurent donc le tsar et les autres phénomènes d'une existence injuste. Nul ne cherche un ordre réellement nouveau : les gens veulent simplement une situation plus commode, plus équitable pour eux-mêmes, alors qu'un ordre nouveau exigerait d'abord une conscience nouvelle, seule capable de l'engendrer.
C'était déjà le cas dans Les Trois Gros d'Olecha, dans le manifeste d'Emelian Pougatchev, dans les écrits de propagande du populisme révolutionnaire russe. Et, semble-t-il, chez les communistes