Le site néolithique d'Aïn Ghazal en Jordanie et ses statues d'albâtre
En 1984, lors de la construction d'une route en Jordanie, on découvrit Aïn Ghazal, le plus vaste établissement néolithique connu, qui abritait à son apogée, au VIIIe millénaire avant notre ère, 3000 habitants. À la même époque, la population de Jéricho est estimée à quelque 2000 âmes. Il est vrai que la superficie d'Aïn Ghazal, soit 15 hectares, était cinq fois supérieure à celle du plus ancien établissement de Jéricho.
Près de certaines constructions, les archéologues ont mis au jour des statues d'albâtre représentant des hommes, enfouies en terre. Cela, alors que les habitants d'Aïn Ghazal enterraient leurs morts soit dans les maisons, soit dans les champs, détachant parfois la tête des défunts pour la conserver chez eux. Dans les habitations, on a retrouvé des crânes recouverts d'albâtre et de bitume.
Les statues anthropomorphes sont réalisées selon une technique semblable : des coquillages aux pupilles de bitume ornent les orbites. Tout le corps des sculptures était couvert de tatouages peints, les cheveux étaient eux aussi dessinés, bien que plusieurs statues laissent deviner une perruque. On a retrouvé en tout 32 de ces hommes d'albâtre aux jambes épaisses.
Un important travail d'étude des anthropomorphes jordaniens du Néolithique précéramique a été accompli par les chercheurs de la Smithsonian Institution, à Washington. L'examen par scanner a montré que les statues tenaient sur une armature interne de cordes, que le temps a fait pourrir, mais qui permettait jadis à ces épouvantails de se tenir debout.
Une femme issue du groupe des figures d'Aïn Ghazal est aujourd'hui exposée au Louvre ; elle passe pour la plus ancienne pièce du musée : les datations les plus récentes situent la trouvaille entre 8440 et 6500 av. J.-C.