Gustave Fayet à la Fondation Louis Vuitton, 375 œuvres, tapis, aquarelles et céramiques
En 1896, Gustave Fayet fonda à Béziers, avec le sculpteur Louis Paul, ancien élève de Rodin, un atelier qui produisit jusqu'en 1904 plus d'une centaine de pièces en grès, ainsi nomme-t-on la céramique dense cuite à haute température. En 1898, ces vases plurent à Siegfried Bing, galeriste parisien dont la boutique, « L'Art nouveau », donna son nom à tout un style.
Vers 1912, après une interruption de près de dix ans, Fayet revint à la peinture et se mit à peindre à l'aquarelle sur du papier buvard. La couleur s'y étalait de façon imprévisible, et l'artiste transformait ces taches fortuites en fleurs fantastiques et en créatures semblables à des algues. Il écrivit lui-même qu'une belle tache pouvait devenir le point de départ d'un beau dessin. De ces aquarelles sont nés ses papiers peints, ses tissus et ses tapis. En 1920, Fayet fonda à Paris l'« Atelier de la Dauphine », qui tissait des tapis d'après ses dessins. Jeanne Lanvin, Jacques Doucet, Robert de Rothschild et le maharajah d'Indore comptaient parmi les acheteurs.
Dans un texte de 1924, Fayet exigeait que l'on renonçât à la géométrie, à la symétrie et aux bouquets répétitifs au profit d'une fantaisie libre. De son vivant, ce sont précisément les tapis qui firent de lui une figure à la mode, à l'époque du passage de l'Art nouveau à l'Art déco. En 1926, six mois après la mort du maître, on les montra au Louvre avec des œuvres de Redon et on les accrocha aux murs comme des tableaux. Après cette exposition, le nom de Fayet disparut presque de l'histoire de l'art.
Pour cette exposition, la Fondation a restauré des tapis provenant de la maison de Léon Losseau, à Mons, en Belgique, des cartons préparatoires destinés aux tisserands et une dizaine de robes liées à Paul Poiret, Doucet et Lanvin. Au total, la seconde partie présente 375 œuvres de Fayet, dont la plupart sont montrées au public pour la première fois. On y compte 87 aquarelles sur papier buvard, 49 pièces de céramique, 42 illustrations du poème provençal de Frédéric Mistral, « Mireille », et le dernier album de l'artiste, « Fleurs ».
L'espace de l'exposition a été conçu par Robert Carsen, metteur en scène d'opéra de renom. Il ne reconstitue pas les intérieurs de Fayet, mais en rend l'atmosphère par la couleur et l'architecture des salles. La Fondation a publié avec les éditions Gallimard deux catalogues, prépare une base de données ouverte de toute la collection Fayet et un colloque international. À l'abbaye de Fontfroide même, deux expositions consacrées à Fayet se tiennent parallèlement : l'une sur son activité d'entrepreneur jusqu'au 29 novembre, l'autre sur l'ensemble décoratif de l'abbaye jusqu'au 17 janvier.
L'exposition de la Fondation Louis Vuitton comble une lacune importante dans l'histoire du marché du modernisme. Chtchoukine et les Morozov ont montré comment le goût privé façonne le canon des musées ; le cas de Fayet montre comment ce même canon s'est aussi formé par d'incessantes reventes. Bien des tableaux qui appartiennent aujourd'hui aux musées de Buffalo, de Cleveland, de São Paulo et de Copenhague sont passés entre les mains d'un viticulteur de province de Béziers








