J'ai vu cette photographie d'un étalon Bielyï des années 1880 et me suis intéressé à la technique du « papier salé » ou « papier au sel » dans laquelle elle a été réalisée
Le papier salé est le tout premier procédé de tirage photographique positif sur papier, inventé par William Henry Fox Talbot à la charnière des années 1830-1840 dans le cadre du calotype. En gros, c'est l'ancêtre de toute la photographie sur papier : la première technique où le cliché est tiré en positif à partir d'un négatif, sur du papier ordinaire.
Comment cela fonctionne-t-il ? On prend une feuille à écrire toute simple, on l'imprègne d'une solution de sel de cuisine et on la laisse sécher. Puis on y applique du nitrate d'argent : le sel et l'argent réagissent, et c'est dans les fibres mêmes du papier que se forme le chlorure d'argent, la substance photosensible. Ensuite, la feuille est plaquée fermement contre le négatif. C'est un tirage par contact, sans agrandissement : l'épreuve a exactement la taille du négatif. On expose le tout au soleil, et l'image apparaît d'elle-même, sans révélateur. L'argent noircit sous l'effet de la lumière là où celle-ci traverse le négatif. L'exposition est longue. Lorsque l'image se dessine, on la fixe à l'hyposulfite, puis on la vire souvent à l'or.
À la différence de la photographie plus tardive, l'argent ne se trouve pas dans une couche d'émulsion distincte, à la surface, mais à l'intérieur des fibres du papier. C'est pourquoi l'épreuve est mate, sans brillant, avec la texture visible de la feuille, et l'image semble logée dans l'épaisseur du papier.
L'apogée de la technique se situe approximativement entre 1840 et 1850. À la fin des années 1850, ce procédé a été supplanté par les tirages à l'albumine.