jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

Les oies sacrées devant le temple de Junon Moneta sur le Capitole

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Les oies sacrées devant le temple de Junon Moneta sur le Capitole

Les chroniques historiques, à commencer par l'œuvre de Tite-Live, ne fournissent aucune preuve fiable que les oies aient réellement joué un rôle décisif dans le salut du Capitole. La légende est née plutôt comme un récit symbolique, qui dit le prix de la vigilance et relève davantage de l'émotion que de l'histoire.

En 390 av. J.-C., une troupe de Gaulois, peut-être en route pour recruter des mercenaires dans le sud de l'Italie ou en Sicile, écrasa l'armée romaine sur les rives de l'Allia, près de Rome. Les Gaulois pillèrent Rome, ce qui, somme toute, n'eut aucune influence durable sur le développement de la ville, même si l'épisode laissa une profonde cicatrice dans la psyché romaine.

Une tradition plus tardive voulut que les défenseurs du Capitole eussent tenu bon et repoussé l'attaque nocturne des Gaulois, éveillés par le cacardement des oies qu'on gardait dans le temple de Junon.

On sait pourtant que les rares défenseurs du Capitole furent contraints de racheter leur sécurité au prix d'une somme colossale en or. Naturellement, on aurait voulu recouvrir une page aussi honteuse de quelque chose de plus flatteur, d'où la légende des oies sacrées de Junon Sospita, qui caressait l'orgueil de Rome.

Il y eut, de surcroît, la légende du général exilé Camille, revenu à la dernière minute pour écraser les assaillants au moment précis où ils recevaient leur or. En pratique, les dégâts causés par les Gaulois furent relativement modestes et assez vite réparés, et les envahisseurs, selon toute apparence, ne s'attardèrent guère dans la ville occupée et ne se livrèrent à aucune destruction systématique.

Avec le temps, on se mit même à parler d'une race particulière d'oies de garde romaines, en ajoutant qu'elles étaient prisées non seulement pour leur valeur religieuse symbolique, mais aussi pour des qualités propres à la race, qui en faisaient de fiables gardiennes du Capitole romain. Les oies romaines auraient eu une endurance hors du commun (mais comment être plus endurant qu'une oie ordinaire ?). Elles auraient eu aussi un cacardement particulièrement sonore et soutenu (mais chacun sait que les oies sont déjà fort agressives et territoriales, et qu'elles peuvent effrayer par bien autre chose que le bruit lorsqu'elles sentent un danger).

Ainsi le traumatisme du pillage gaulois n'a pas laissé derrière lui que la peur et la haine des barbares du Nord et le sentiment de vulnérabilité : il a aussi légué une belle légende de salut miraculeux. Et cette invention, destinée à donner un vernis héroïque à un épisode assez humiliant, s'est couverte de détails empruntés à l'histoire, à la religion et à des domaines aussi éloignés du folklore que la zoologie et l'économie rurale.

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