dimanche, 4 octobre 2026

«Les poulains, les pouliches d'un an font déjà les grandes et les posées, ne gambadent plus guère et se mêlent rarement aux joyeuses compagnies

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«Les poulains, les pouliches d'un an font déjà les grandes et les posées, ne gambadent plus guère et se mêlent rarement aux joyeuses compagnies

« Les poulains, les pouliches d'un an font déjà les grandes et les posées, ne gambadent plus guère et se mêlent rarement aux joyeuses compagnies. Ils broutent l'herbe avec componction, cambrant leurs cous de cygne à la crinière tondue et, comme s'ils avaient eux aussi une queue, agitent leurs petits balais. Comme les grands, certains se couchent, se roulent ou se grattent mutuellement. La compagnie la plus gaie se compose des chevaux de deux et trois ans et des juments non saillies. Elles vont presque toutes ensemble, et à part, en joyeuse troupe de jeunes filles. On entend parmi elles des piétinements, des cris aigus, des hennissements, des ruades. Elles se rapprochent, posent la tête sur l'épaule les unes des autres, se flairent, sautent et parfois, après un ronflement, la queue dressée en trompette, passent devant leurs compagnes, fières et coquettes, mi-trot, mi-petit galop. La première beauté et la meneuse de jeu de toute cette jeunesse était la petite espiègle, la pouliche baie. Ce qu'elle inventait, les autres le faisaient ; où elle allait, toute la troupe des belles la suivait. L'espiègle était ce matin-là d'humeur particulièrement folâtre. La gaieté s'était emparée d'elle comme elle s'empare aussi des humains. Déjà à l'abreuvoir, après avoir taquiné le vieux, elle s'était mise à courir le long de l'eau, avait feint de s'effrayer de quelque chose, avait ronflé et s'était élancée à toutes jambes dans la plaine, si bien que Vaska avait dû galoper derrière elle et derrière les autres qui s'étaient attachées à ses pas. Puis, après avoir un peu mangé, elle s'était mise à se rouler dans l'herbe, puis à agacer les vieilles en passant devant elles, puis elle avait écarté un poulain de lait et s'était mise à lui courir après, comme pour le mordre. La mère s'était effrayée et avait cessé de manger, le petit criait d'une voix piteuse, mais l'espiègle ne l'avait pas même touché ; elle l'avait seulement effarouché et avait offert un spectacle à ses compagnes, qui suivaient ses farces avec sympathie. Puis elle s'était mis en tête de tourner la tête au petit cheval rouan sur lequel un paysan traversait, au loin, de l'autre côté de la rivière, un champ de seigle avec sa charrue. Elle s'arrêta, leva la tête avec fierté, légèrement de côté, se secoua et hennit d'une voix douce, tendre et longue. La malice, le sentiment et une certaine tristesse s'exprimaient dans ce hennissement. Il y avait en lui le désir, la promesse d'amour et la tristesse qu'elle cause. »

On a l'impression que, dans « Kholstomer », Léon Tolstoï ne décrit pas des chevaux folâtrant dans un pré, mais des coquettes émérites venues faire leur tour dans quelque réunion mondaine. Avouez, chères espiègles, vous vous y reconnaissez ? Qui n'aime pas taquiner les vieilles !

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