mardi, 3 novembre 2026

Les Deux Grenadiers » de Heine, mis en musique par Schumann et Wagner et traduit par Fet

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Le poème de Heinrich Heine « Les Deux Grenadiers » connut en son temps une popularité extraordinaire ; Robert Schumann et Richard Wagner l'ont mis en musique. On l'a beaucoup traduit ; en russe, les versions les plus connues sont celles de Fet et de Goumilev. L'influence des « Deux Grenadiers » se retrouve aussi dans le célèbre « Chef de guerre » de Moussorgski, qui tourne en dérision les vers de Heine dans sa mélodie. Les vers de Heine sont, bien sûr, inspirés par Napoléon, et l'on écrit parfois même que le poème fut composé sous l'impression de la mort de Bonaparte, mais ce n'est pas tout à fait exact : on estime qu'il a été écrit en 1819 ou 1820, bien que Heine lui-même ait indiqué jusqu'à l'année 1816.

Les Deux Grenadiers dans la traduction de Fet :

Deux grenadiers s'en allaient vers la France ;
Ils avaient été prisonniers en Russie ;
Mais à peine eurent-ils touché le sol allemand
Que leurs têtes aussitôt s'inclinèrent.

Une triste nouvelle frappa leurs oreilles :
Il n'y a plus de France désormais,
La Grande Armée est réduite en poussière,
Et l'empereur lui-même est captif.

Les grenadiers ne purent retenir leurs larmes,
Tant il leur était amer de l'entendre !
Et l'un dit : « Oh, comme il est pénible de respirer !
Comme ma vieille blessure s'est mise à me faire mal ! »

L'autre dit : « C'est la fin de tout !
J'aurais voulu mourir de chagrin avec toi !
Mais là-bas m'attendent ma femme et mes enfants à la maison ;
Sans moi, ils seraient perdus. »

« Que m'importent mes enfants, que m'importe le sort de ma femme !
Mon âme aspire à plus haut :
Qu'ils aillent par le monde mendier, s'ils ont faim !
L'empereur languit en captivité ! »

Accomplis ma prière, cher camarade :
Quand j'aurai fermé ici les yeux,
Emporte ma dépouille avec toi en France,
Et couvre-la là-bas de terre française.

Et ma croix d'honneur, sur mon cœur,
Tu la poseras sur son ruban rouge,
Et mets-moi le fusil dans la main,
Et ceins-moi aussi de mon épée.

Ainsi je reposerai dans mon cercueil,
Comme en faction, dans le silence,
Jusqu'à ce que j'entende le grondement du canon,
Le piétinement et le hennissement des chevaux :

Alors mon empereur chevauchera sur ma tombe,
Les sabres résonneront de toutes parts,
Et, surgi du tombeau dans ma splendeur guerrière,
Je viendrai délivrer l'empereur.

Traduction littérale

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