mardi, 6 octobre 2026

Je marchais dans une rue inconnue, quand soudain j'entendis le croassement des corbeaux, des sons de luth et des tonnerres lointains ; devant moi volait un tramway

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Comment j'ai sauté sur son marchepied,
cela demeurait une énigme pour moi ;
dans l'air, il laissait un sillage de feu,
même en plein jour.

Il filait comme une tempête sombre et ailée,
il s'était égaré dans l'abîme des temps…
Arrêtez, conducteur,
arrêtez le wagon tout de suite.

Trop tard. Déjà nous avons contourné le mur,
nous avons traversé en trombe un bosquet de palmiers,
par-dessus la Neva, par-dessus le Nil et la Seine,
nous avons grondé sur trois ponts.

Et, apparu un instant à l'encadrement de la fenêtre,
il nous a lancé un regard scrutateur,
ce vieux mendiant, assurément le même
qui est mort à Beyrouth il y a un an.

Où suis-je ? Si languissant et si inquiet
mon cœur bat en réponse :
vois-tu la gare où l'on peut
acheter un billet pour l'Inde de l'Esprit ?

Une enseigne… des lettres gorgées de sang
proclament « Légumes et primeurs » ; je sais qu'ici,
au lieu de choux et au lieu de rutabagas,
on vend des têtes de morts...

Traduction littérale

Nikolaï Goumilev, Le Tramway égaré

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