La Mi-Carême en France : la fête des blanchisseuses et l'élection des reines jusqu'aux années 1930
La mi-carême des catholiques coïncidait avec la fête carnavalesque française de la Mi-Carême, que Paris et sa banlieue célébraient en grande pompe, avec les cortèges des charbonniers, des porteurs d'eau, des blanchisseuses et des étudiants. Défilés, parades, banquets, bals, soirées, manèges, feux d'artifice, illuminations : les boulevards croulaient sous les fleurs et les ornements.
Le plus intéressant, c'est le versant féminin de la fête, dont le point culminant était le cortège des reines, élues dans chaque quartier et chaque commune prenant part à la Mi-Carême. De fait, la Fête des blanchisseuses et le Défilé des reines furent pendant de longues années l'unique occasion où les Françaises participaient à un scrutin et pouvaient être élues : les femmes choisissaient les reines et devenaient elles-mêmes des reines élues.
Les blanchisseuses devenaient reines : on les choisissait pour leur physique, la grâce du visage et la tournure de la taille, mais aussi pour leur application au travail, l'honorabilité de leur famille, leur belle humeur et la décence de leurs mœurs. L'industrie du blanchissage tenait elle-même une place considérable dans l'économie de la vie urbaine : à Paris seulement, elle occupait plus de cent mille personnes, réparties en toute une série de spécialités, de la lavandière jusqu'à la repasseuse.
Jusque dans les années 1930, les célébrations du carême catholique en France se distinguaient par une féminité revendiquée et rassemblaient la société autour des valeurs chrétiennes, de l'amour du travail et de l'union des différentes conditions. Mais par la suite, au XXe siècle et jusqu'à nos jours, il ne reste plus trace de cette belle solennité





