Le Rijksmuseum et le Musée national d'ethnologie des Pays-Bas se disent prêts à se séparer des pièces acquises lors des conquêtes coloniales : sur recommandation du Conseil de la culture, les musées ont déclaré vouloir restituer à leur terre natale les œu
Le Rijksmuseum et le Musée national d'ethnologie des Pays-Bas se disent prêts à se séparer des pièces acquises lors des conquêtes coloniales : sur recommandation du Conseil de la culture, les musées ont déclaré vouloir restituer à leur terre natale les œuvres d'art, bijoux et antiquités illégalement emportés. Pour vous donner la mesure des fonds susceptibles d'être renvoyés chez eux, il s'agit d'environ cent mille objets. Une commission spéciale sera vraisemblablement constituée pour examiner les demandes émanant de divers pays au sujet de biens culturels et historiques qui ont atterri, à différentes époques, dans les musées néerlandais par des voies illicites. Après tout, l'origine est une part essentielle de l'histoire et de la biographie des trésors muséaux, et elle ne peut manquer d'influer sur la façon dont on les perçoit et, en fin de compte, sur leur appartenance. Il est difficile d'imaginer aujourd'hui jusqu'où ira cette révision ; pour l'instant, il est question, par exemple, de restituer le diamant de 70 carats du sultan de Banjarmasin, en Indonésie. Mais je ne doute pas que bien des anciens États colonisés se souviendront du patrimoine culturel usurpé par les puissances européennes. Songez seulement, à vue de nez, à la quantité de trésors égyptiens, aux richesses des tombeaux orientaux, aux innombrables stèles funéraires, bibliothèques, objets de palais, meubles et tableaux provenant de villes et d'États conquis, de l'océan Indien à l'Afrique et de l'Afghanistan à la mer Noire. Si l'expérience est concluante, je ne serais pas surpris que, dans un avenir proche, avocats et auditeurs viennent « frapper » à la porte d'autres grands centres culturels du monde ; il faut donc que le Victoria and Albert, le Louvre et le Prado, le Metropolitan Museum et des dizaines de musées nationaux d'archéologie se tiennent prêts, sans parler des nombreuses institutions muséales privées, à commencer par le Getty, qui ne dédaigne pas les pièces à la provenance douteuse. La question finira-t-elle par atteindre la Russie ? Difficile à dire, mais il est évident que les anciennes républiques de l'Union, dont l'on a jadis tiré généreusement tant de trouvailles et de trophées inestimables, voudraient à tout le moins réclamer des objets du patrimoine national conservés dans les fonds du Gokhran et du ministère de la Culture.