Puisqu'on écrit qu'aujourd'hui, aux négociations, on a évoqué la guerre du Nord, je me tournerai moi aussi vers les événements qui précédèrent la conclusion de la paix de Nystad
Voici donc. L'ambassade en Suède de septembre 1720, dont le motif officiel est de féliciter Frédéric Ier de son couronnement récent, n'est conduite ni par un dignitaire de cour de premier plan ni par un diplomate, mais par l'aide de camp général Alexandre Ivanovitch Roumiantsev, chargé par Pierre de missions spéciales, et des plus importantes, comme le retour en Russie du tsarévitch Alexis.
(29 septembre)
Avant d'aborder le plus important, la question de la paix, ou, comme on disait alors, de l'« établissement d'un armistice », conformément à l'instruction remise par Pierre, Roumiantsev traita de questions de détail : la délivrance d'un passeport à l'ambassadeur russe Dolgorouki pour qu'il puisse se rendre à Pétersbourg, la communication de renseignements sur les prisonniers de guerre et le versement de subsides à ceux-ci, l'échange de Russes contre des Suédois selon la règle un contre un et grade contre grade, et enfin la trêve.
(30 septembre)
Cette dernière question fut transmise au roi, qui demanda quelles propositions Roumiantsev était autorisé à faire. Aucune : il était seulement chargé d'assurer Sa Majesté royale de l'estime de Pierre, de sa « considération » et de son désir d'une amitié particulière de bon voisinage, de la fin d'une guerre sanglante et de l'établissement d'une paix durable.
Le roi de Suède nia tout lien avec les rumeurs viennoises selon lesquelles la partie suédoise désirait une trêve, mais il demanda si Roumiantsev avait des pouvoirs au cas où l'on viendrait tout de même à parler de trêve. Oui, il en avait : si la partie suédoise désignait un représentant pour les négociations, il en donnerait lecture.
(2 octobre)
Les Suédois proposèrent d'échanger les prisonniers non pas un contre un, mais par cartel, c'est-à-dire tous contre tous. Non, un échange général ne convenait pas à Pierre. Les pouvoirs de Roumiantsev lui permettaient de fixer la durée de la trêve.
— Avez-vous un ukase du tsar concernant la conclusion de la paix ?
— Vous ne m'avez pas encore fait de propositions, mais si vous voulez la paix, il faut désigner un lieu de négociations.
(3 octobre)
— Nous n'échangerons pas les prisonniers à la manière de Pierre, seulement de façon générale. Et conclure une trêve n'est pas opportun. Avez-vous néanmoins des pouvoirs pour mener des négociations en vue de la paix ?
— Non. Contre-proposition : libre circulation des navires non militaires dans les eaux russes et suédoises, et lettre de congé pour le retour en Russie.
— La libre circulation est convenue, sous pavillon blanc. Quant à la lettre, veuillez patienter.
(5 octobre)
Il n'y aura pas de libre navigation des navires de Russie et de Suède sous pavillon blanc. Tous les contacts entre les parties belligérantes passeront par Hambourg.
(6 octobre)
Audience de congé.
(10 octobre)
Demande de différer le départ en raison du mauvais temps.
(15 octobre)
Le roi fait savoir qu'il insiste sur l'échange des prisonniers par cartel. La partie suédoise consent à la trêve si des négociations de paix sont engagées. La libre navigation sous pavillon blanc est autorisée. Roumiantsev demande qu'on nomme le lieu des négociations de paix.
(16 octobre)
Nouvelle confirmation de l'intention de procéder à l'échange des prisonniers par cartel. Les négociations auront lieu à Åbo.
(17 octobre)
Dîner d'adieu.
