mardi, 6 octobre 2026

Échange forcé de monnaies à un taux défavorable en Europe du Moyen Âge au XVIIIe siècle

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Échange forcé de monnaies à un taux défavorable en Europe du Moyen Âge au XVIIIe siècle

Le droit d'émission monétaire fut de tout temps une source de revenus colossaux pour ceux qui le détenaient, et d'une injustice inouïe pour tous les autres.

Dans l'Europe médiévale, on pratiquait le retrait des monnaies de la circulation. La chose se répétait sans cesse, parfois deux fois par an. Les gens devaient rendre leurs vieilles pièces et en recevoir de nouvelles, mais l'échange ne se faisait pas au taux qui semblerait normal, de 1 pour 1 : plutôt de 12 pour 9, disons. Pour 12 anciennes pièces, on vous en donnait 9 nouvelles, absolument identiques, de même poids, de même valeur faciale et de même titre, seulement ornées d'une légende ou d'une effigie nouvelles. Les 3 pièces restantes allaient dans la poche du seigneur qui détenait le droit de battre monnaie.

Dès le XIIe siècle, en Allemagne, le droit de frapper monnaie n'appartenait plus seulement aux monastères et aux grands féodaux, ecclésiastiques ou laïcs, mais aussi à des seigneurs moyens et même relativement petits. Et chacun d'eux avait la faculté de rappeler à tout moment les pièces sorties de son atelier monétaire, et de fixer à sa guise le taux d'échange de l'ancienne monnaie contre la nouvelle.

Dans tous les lieux publics des villes et des villages, on affichait ces fameux édits monétaires, qui annonçaient qu'à compter de telle date, telle ou telle pièce était déclarée périmée, ou n'aurait plus cours que de manière restreinte, par exemple sur des territoires déterminés et pour la valeur nouvellement proclamée. L'édit pouvait aussi interdire purement et simplement d'échanger la pièce visée contre des marchandises ou de s'en servir pour payer l'impôt, contraignant les gens à porter leurs petits sous au seigneur, qui les troquait contre des neufs.

Cette pratique monstrueuse de la dévaluation subsistait encore à la fin du XVIIIe siècle, les pièces perdant parfois la moitié de leur valeur, et les retraits touchaient non seulement la monnaie d'argent et d'or, mais même le papier. À chaque fois, on avançait des explications variées, invoquant la circulation de monnaies étrangères ou l'introduction d'une nouvelle monnaie nationale ; le résultat, lui, était toujours le même : les pauvres devenaient plus pauvres encore, et ceux qui détenaient le droit d'émission plus riches, sans le moindre effort.

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