Apparue au XIXe siècle dans l'ouïezd de Saratov, la secte des « podpolniki » ne reconnaissait que l'Église d'avant Nikon et s'opposait assez catégoriquement aux manifestations quotidiennes de la vie séculière : elle conseillait de ne pas fréquenter les éc
Apparue au XIXe siècle dans l'ouïezd de Saratov, la secte des « podpolniki » (les « gens du souterrain ») ne reconnaissait que l'Église d'avant Nikon et s'opposait assez catégoriquement aux manifestations quotidiennes de la vie séculière : elle conseillait de ne pas fréquenter les écoles et les isbas-lecture, mais de vivre plutôt dans des cellules, et de ne pas participer à l'enregistrement civil : ne pas se faire délivrer de passeports ni d'actes d'état civil dans les bureaux de l'ZAGS. Dans les années 1920, les appels de la secte inquiétaient fort le pouvoir soviétique, comme une activité nuisible, et des poursuites pénales furent engagées contre les podpolniki. Fort curieusement, elles étaient parfois entièrement fabriquées.
L'un de ces dossiers indique : « Sous couvert d'accomplir des rites religieux et mystiques, vivant dans un errement perpétuel et propageant la parole de Dieu, la secte des podpolniki, qui rassemble principalement la partie aisée de la paysannerie, des koulaks, d'anciens marchands et des individus obscurs aux antécédents criminels se cachant dans la clandestinité devant le pouvoir soviétique, est, dans son essence politique, dirigée contre les organes du pouvoir des soviets et du parti au niveau local. »
Arrêtons-nous sur la formule « sous couvert d'accomplir des rites religieux et mystiques ». Savez-vous ce que c'est ? C'est un spirituel artifice verbal qui soustrait toute la suite de l'instruction à la protection des lois sur les libertés religieuses. Autrement dit, l'acte lui-même (ou le délit), en l'occurrence des pratiques et des actions strictement religieuses, reçoit dans les pièces du dossier une nouvelle dénomination, fondée sur la rhétorique de l'activité antisoviétique, laquelle explique qu'en réalité les motifs religieux ne sont qu'un paravent pour une intention criminelle dirigée contre le pouvoir soviétique.
Plus loin, le dossier précise que l'un des membres de la secte « s'est prononcé contre la participation des paysans à l'emprunt », fait tout à fait commode pour l'assortir de l'appréciation voulue : c'est ainsi, prétendument, que se serait concrétisée l'intention de résister au pouvoir des soviets.
Même la simple organisation de la vie quotidienne des vieux-croyants est présentée par les enquêteurs comme ayant un sens criminel. On mentionne par exemple que l'essentiel du travail est accompli par les jeunes filles, et cela en soi va à l'encontre des objectifs du parti, tout comme les propos ordinaires des sectaires sur les emprunts et les autres activités économiques.
La circonstance aggravante dans l'affaire des podpolniki fut la qualification de leur crime comme commis en bande organisée. L'enquêteur le démontre au procureur et à l'OGPOU en établissant que, dans le groupe des podpolniki, une personne était chargée de l'achat des billets, c'est-à-dire, ô horreur, qu'elle favorisait les déplacements du groupe criminel, et une autre transmettait des lettres, et donc, quel cynisme, favorisait la correspondance entre les membres du groupe.