Le pape François restreint l'usage de l'ancien missel et de la messe tridentine
Le pape François a rétabli les restrictions sur la messe latine d'avant la réforme, communément appelée messe tridentine. Cela se remarque peu, mais c'est un drame presque schismatique qui se joue en ce moment dans le monde catholique.
Qu'est-ce que cela signifie ? Non, le Pape n'a pas encore interdit aux prêtres de célébrer la messe en latin, même si l'on en entend déjà parler. Mais il a d'ores et déjà limité l'usage de l'ancien Missel.
Le Missel est le principal livre liturgique du catholicisme : un recueil des textes, canons, prières, du calendrier et des règles nécessaires à l'office, apparu au Moyen Âge, consacré comme corpus unique et immuable après le concile de Trente (1545-1563) et promulgué par le pape Pie V en 1570. Dans l'orthodoxie, l'équivalent le plus proche du Missel est le Sloujebnik.
Jusqu'en 1970, ce livre est resté plus ou moins le même, à quelques retouches près : ajout de saints et de fêtes, modification du texte de certaines prières et des heures de l'office. Mais à l'issue du concile Vatican II (1962-1965), il fut profondément remanié. Retenez bien ceci : dès qu'il est question de renouveler le rite dans l'Église, on voit surgir pour y faire obstacle le thèse fondamentale de l'unité du rite latin et de l'Église catholique.
La principale différence entre le nouveau Missel et l'ancien est que les catholiques du monde entier ont désormais pu célébrer la messe dans leur langue maternelle. Malgré la publication du nouveau Livre (vous vous souvenez que, dans « Le Diable s'habille en Prada », Miranda Priestly appelait ainsi le numéro du magazine monté à la main, d'après lequel était imprimé tout le tirage ; de même, les Missels du monde entier sont imprimés et traduits d'après l'exemplaire publié par le Pape), dans bien des diocèses reculés ou simplement têtus, on a continué à célébrer selon l'ancien Missel. En 1988, Jean-Paul II a posé des restrictions à l'usage de l'ancien Missel : la messe tridentine devait cesser. En 2007, le pape émérite Benoît XVI a publié la lettre apostolique Summorum Pontificum, qui assouplissait ces restrictions et permettait de célébrer tranquillement selon l'ancien Missel, qualifié de « forme extraordinaire ». Comme ses autres prédécesseurs depuis cinquante ans, Benoît regardait en arrière et songeait à un retour à la tradition quatre fois séculaire.
Du temps de Jean-Paul II, un groupe de traditionalistes s'était même formé au sein de l'Église, conduit par l'archevêque français Marcel Lefebvre, et qualifié sans détour de schismatique, puisqu'il rejetait les réformes légitimes d'un Concile œcuménique dûment convoqué. Plus conservateur, Ratzinger trouva le moyen de faire sortir ces prêtres de leur opposition déclarée : il proposa de rendre justice à leur fidélité séculaire à l'ancien Missel et de reconnaître les dissidents de Vatican II non comme un groupe schismatique, mais comme un groupe pseudo-schismatique.
Depuis, on observe dans l'Église un certain renouveau traditionaliste et une augmentation du nombre de paroisses qui célèbrent selon l'ancien missel. En somme, pour peu que l'on connaisse le style de gouvernement péremptoire de François, grandi et formé dans la politique du péronisme, il compte mettre fin à cette « vieillerie ». L'évêque kazakhstanais Athanasius Schneider, connu pour ses vues conservatrices, estime que la messe traditionnelle finira par l'emporter, comme plus véridique.
L'ancien rite compte-t-il vraiment autant de partisans ? Naturellement, pour un milliard de catholiques, essentiellement dans les pauvres Amérique latine, Afrique et Asie, c'est peu, mais pour un mouvement à la mode au sein de l'establishment et une tendance naissante, c'est suffisant. Si l'on parle des communautés catholiques prospères des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne et d'Italie, des milliers de paroisses y sont restées fidèles à la messe tridentine. Le problème n'est pas que l'épithète « perfides » ait été retirée de la prière pour les Juifs : cela, c'est plutôt une bonne chose. Le malheur, c'est la perte de la messe tridentine, avec sa solennité, sa pompe, ses ornements, ses encens et ses sonneries de cloches. Le monde moderne est trop uniformisé, trop laid et trop dénué d'âme pour renoncer avec légèreté à des traditions aussi belles et aussi anciennes. J'invite à ne pas passer son chemin devant les drapeaux du mouvement TLM (Traditional Latin Mass) : s'ils sont peu nombreux, cela ne veut pas dire qu'ils n'importent pas.